Cineffable, 4 jours pour du 7ème art sous prisme féminin et lesbien

Le Festival International du film Lesbien et Féministe de Paris est le rendez-vous annuel des cinéastes et amatrices du 7ème art féminin et lesbien.  Organisé par l’association Cineffable, le festival fêtera cette année sa 29ème édition. Ce rassemblement est accessible à toute personne s’identifiant femme.  Il ouvrira ses portes à l’Espace Reuilly dans le 12ème arrondissement du 2 au 5 novembre. Nous sommes allées à la rencontre des organisatrices de ce grand événement qui rassemble chaque année près de 1 500 personnes en seulement quatre jours.

 

UNE REVENDICATION FÉMINISTE A TRAVERS LE CINÉMA ET SES REPRÉSENTATIONS

Imaginez cette scène : 1989, fondu, un ciné-club parisien. Des écriteaux qui illuminent la rue : « Quand les lesbiennes se font du cinéma ». Des femmes qui échangent, prennent place sur les sièges rouges de la salle peu à peu plongée dans la pénombre. Les premières images d’un film méconnu projetées à l’écran, champs contre champs. Une envie de voir, de découvrir, un premier rassemblement.

C’est ainsi que le festival  vit le jour, à travers une envie forte de sens de vouloir rendre visible et accessible à toutes un cinéma lesbien et féministe . Certaines diront peut-être, une alternative au porno si aujourd’hui vous souhaitez voir deux femmes s’embrasser à l’écran. Vouloir combler le manque d’image de soi, c’est sous cette impulsion que le festival a évolué au fil des années. Il y a toujours eu très peu de représentations des féministes à l’écran, et encore moins des lesbiennes. Il existait et existe encore aujourd’hui un réel besoin de se construire, et de construire sa représentation.

 

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Affiche de 1989, première édition du Festival organisé par le ciné-club « Quand les lesbiennes se font du cinéma »

UN FESTIVAL FAIT PAR DES FEMMES, POUR DES FEMMES

Beaucoup de moyens, aussi bien matériels qu’humains, sont mis en place chaque année pour permettre au plus grand nombre de festivalières de participer à l’événement. La non mixité des lieux est une position relativement radicale qui fait parler d’elle, tant au sein du public que de l’équipe organisatrice. Pour Cineffable, cela fait partie de l’ADN du festival. C’est un lieu d’autonomie, en toute liberté. C’est une volonté de se réapproprier les mots, les affirmations, les revendications. Cette question est néanmoins débattue chaque année au sein de l’association, bien qu’elle soit réaffirmée de la même manière. Il s’agit d’une création d’espace de réflexion, d’écoute et de dialogue.

Pour nos lecteurs, sachez que le festival a aussi une vie tout au long de l’année qui permet de projeter des films « hors les murs » lors d’événements mixtes.

 

 

 

PLUS DE 50 FILMS DU MONDE ENTIER PROJETÉS

 

Le choix de la programmation s’effectue d’une part par la réception de films qui sont envoyés directement et d’autre part par une veille constante des festivals mondiaux LGBTQ+ ; aussi bien de la programmation du Sundance à celle du Cinéma du Réel, en passant même par Cannes. Une quinzaine de femmes au sein de l’association se partage la production du monde entier.  Chaque film est visionné, discuté et montré en comité avant d’être définitivement sélectionné. La sélection est ensuite sujette à un réel travail de traduction puisque tous les films qui seront projetés doivent être traduits. Depuis plusieurs éditions, les sourdes et malentendantes peuvent profiter des quatre jours de festival grâce à la présence d’interprètes bénévoles de langue des signes française.

Cineffable a choisi de multiplier et diversifier les formats, représenter finalement sous toutes les formes, dans différents registres. Vous trouverez au cours du festival aussi bien des fictions, des comédies musicales que des séances de courts métrage, mais aussi des documentaires comme « Ovarian Psycho » qui relate l’histoire de latinas à l’héritage punk et zapatiste décidées à parcourir Los Angeles à vélo pour livrer leur combat.

Dans « Alive and kicking« , des grands-mères d’Afrique du Sud jouent au football, leurs entraînements sont ponctués de rires et de chants traditionnels. De vrais moments de répit dans leur combat quotidien, pour une meilleure santé et une vie décente.

 

dimanche 5 novembre – 14H15 – Séance « Elles avancent, elles ripostent »

 

Dans « Amaka’s Kin », découvrez le parcours des quelques femmes réalisatrices dans le milieu très masculin de Nollywood (Nigéria), deuxième industrie cinématographique derrière Bollywood. En mémoire d’une pionnière du cinéma nigérian Amaka Igwe (1963-2014).

 

 samedi 4 novembre – 14h15 – Séance Enfin sous les projecteurs !

 

Avec Volcano Island, l’éveil à la féminité d’une jeune tigresse sur une île volcanique.

 

dimanche 5 novembre – 14H15 – Séance Elles avancent, elles ripostent

 

Notons également une mention spéciale sur la place des femmes dans le monde informatique à travers la séance « La geekE c’est chic », avec les projections des documentaires « Great Unsung Women of Computing: The Computers » et « Great Unsung Women of Computing: The Computers« . N’oublions pas que, à l’origine, la programmation était bien un métier de femmes.

 

DU CINÉMA, MAIS PAS QUE : EXPOSITIONS, PERFORMANCES, REPRÉSENTATIONS 

 

Le Festival reste certes principalement dédié au cinéma, mais l’équipe diversifie sa programmation depuis plusieurs années avec des expositions, des ateliers, des débats afin d’aller plus loin, d’amener une réflexion autour des thèmes abordés, de provoquer des rencontres. Vous pourrez par exemple profiter d’un atelier de création de film avec la réalisatrice Chriss Lag, mais aussi à ceux de Yoga réveil et d’auto-défense à prix libre. Les festivalières auront l’opportunités de rencontrer et d’échanger avec les réalisatrices qui viennent présenter leur film. Ces dernières participeront également à la table ronde des réalisatrices pour partager leur expérience en tant que femme dans ce milieu très masculin.

Vous aurez l’occasion de découvrir la performance audio-visuel slash cinéma-vivant intitulée « La Ramée » de Jehan Hamm et Léa Sallustro dont on vous laisse apprécier un extrait ci-dessous.

 

 

A travers sa série de photos « BUTTERFLY(E)S« , la photographe Emmanuel Gary capture les silhouettes délibérément floues, voire difficilement reconnaissables, questionne les frontières du genre et l’absurdité de vouloir, de devoir se définir… Telles des chrysalides, ces individualités se heurtent aux normes et crient leurs existences, malgré les voiles d’invisibilité que nous leur imposons.

L’artiste Mahé Elipe décide pour sa part d’exposer les portraits d’ouvrières volontaires, fières et authentiques qui révèlent des regard durs, méfiants et concentrés. Elles semblent unies par le labeur, qui, selon les mouvements et les conditions, façonnent de manière forte, imposante et vigoureuse, leurs formes et personnalités. Certaines séchées par le soleil, d’autres plus arrondies, leur morphologies sont le reflet de leur travail et de leurs âmes. Ces femmes montrent, qu’autant que les hommes, elles participent au monde agricole et soulignent la richesse et la fragilité de la nature, que nous nous devons de préserver.

 

 

Vous pourrez également rencontrer Valéry Meynadier écrivaine de « Divin danger », récit érotique et poétique lesbien paru chez Al Manar. Le festival aura également l’honneur de compter parmi les présentes Elisabeth Lebovici (« Ce que le sida m’a fait ») et Emmanuel Favier (« Le courage qu’il faut aux rivières »).

Nous on a très hâte d’y être, et d’ailleurs nous ne sommes pas les seules car le festival accueillera aussi la présence d’associations comme Gouinement lundi, l’émission de radio féministe au prisme lesbien, bi et trans.

Progressant au rythme des évolutions et des prises de conscience, le Festival International du film lesbien et féministe de Paris s’adapte au marché et à la production sans oublier ses origines : montrer des œuvres cinématographiques réalisées par des femmes aux femmes, en insistant sur l’évolution de leurs conditions aux quatre coins du monde.

Pour plus de détails sur la programmation, c’est par ici  et pour les tarifs par .

 

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