Avalon Emerson : codeuse de jour, DJ la nuit

Avalon Emerson fait partie des nouveaux talents ascendants de la scène techno futuriste. Venue du désert californien, c’est à Berlin qu’elle est désormais résidente. Son profil atypique nous a donné envie d’en savoir un peu plus sur elle. Il y a deux mois elle dévoilait son dernier EP intitulé Narcissus in Retrograde paru chez le label Ghostly.

 

Née en 1988 à San Francisco, Avalon Emerson passe le restant de son enfance en Arizona à Gilbert. Malgré l’aridité du milieu, ces étendues de sable conquérantes possèdent une dimension étrangement inspirante sous laquelle la musique de la jeune artiste prendra forme. On a tendance à vouloir fuir au bout d’un certain temps le lieu où on a grandi. Ainsi après ses études, Emerson retourne dans sa ville natale, qu’elle connait finalement que peu. Elle y effectue un stage dans les anciens bureaux du réputé magazine XLR8R. Là-bas, elle partage avec des colocataires un immense appartement aux allures d’entrepôt. Les soirées s’organisent, se multiplient et le lieu finit par se faire connaître de tous : amateurs de musiques électroniques et du partage, aussi bien locaux qu’internationaux, les gens affluent.

 

 

C’est donc en 2009, entre ces murs – dans les vapeurs d’alcool et de fumée de cigarettes – que Emerson se lance dans le DJing. Pour elle, mixer est au-delà de trouver l’enchainement parfait qui lie deux musiques. Ce n’est pas seulement faire coïncider les pistes, il faut savoir aussi identifier les émotions qui se dégagent des tracks. Les adoucir comme les accentuer, révéler le relief caché dans la singularité.

Artiste autodidacte, elle commence à acheter son propre matériel et passe son temps à tester, à expérimenter. L’oiseau fait son nid. Malgré la richesse que peut apporter le mixage audio, Emerson décide par la suite de créer ses propres performances. On retrouve ses premières productions sur sa page soundcloud mais aussi en EP physiques chez les labels Icee Hot, Spring Theory et Schtum. Son extended play The Frontier est sorti l’année dernière sur le sous-label Whities affilié à Young Turks (connu pour avoir relayé FKA twigs, SBTRKT, Jamie xx, Pional et bien d’autres).

 

Dans le clip de The Frontier, on suit Emerson dans une chevauchée mécanique à travers le désert de Sonora. Une aventure kaléidoscopique réalisée par Miguel Norigenna où se succèdent les lumières du jour et de la nuit sous une gracieuse symétrie.

La fibre artistique d’Avalon Emerson ne se limite pas qu’à la musique. Elle a réalisé aussi plusieurs projets de photographie pour des magasins à San Francisco et agrémente régulièrement son tumblr et compte instagram de captures du quotidien.

 

Wrangled some chords, leads, and various bleepy bloops at @handwerk_audio yesterday.

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Outre ses particularités musicales bien à elle qui font que Avalon Emerson est Avalon Emerson, ce qu’il y a d’étonnant chez elle, c’est sa profession. On pourrait penser à divers profils classiques et stéréotypés du DJ lambda, mais cette californienne elle est développeuse de logiciels. Elle a réussi au cours de ces années à cadencer sa vie, alternant entre le codage en semaine au bureau, et la production musicale le soir et les weekend en club. Un rythme effréné mais stimulant qu’elle tiendra jusqu’à son arrivée à Berlin. Son départ pour l’Europe s’est fait dans une optique de recherche d’inspirations : être entourée par différentes cultures, langages et histoires propres au vieux continent. Elle a décidé cette année de se consacrer uniquement à la musique, le temps étant une ressource finie et les opportunités se multipliant pour elle.

 

Dans Natural Impasse, on plonge dans l’univers qui est le sien : internet, le coding, les visual effects. Ou devrait-on peut-être plutôt dire ses univers, car elle est loin de s’en cantonner à un seul. Au-delà du parti pris pour la mise en image, la trivialité de ce qu’elle filme nous place avec beaucoup de facilité dans l’intimité de son quotidien.

Il y a chez Emerson cette rythmique qui vous ancre parfaitement les pieds dans le sable, mais qui paradoxalement vous élève aussi à travers les notes aériennes et astrales de ses morceaux. L’exubérance et la diversité de ce que la musique électronique a à offrir – new wave, techno, house, rave – se retrouve judicieusement dans la musique d’Avalon Emerson.

 

 

Son dernier EP Narcissus in Retrograde est sorti fin novembre dernier chez le label  Ghostly. En voici un extrait avec Why Does It Hurt, et pour l’écouter dans son intégralité c’est par ici.

Vous retrouverez Avalon Emerson demain à la Concrete aux côtés de Spencer Parker. Et en plus c’est gratuit avant minuit!

 

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