INTERVIEW : MARY BELL, musique punk et serials killers

 

C’est à la Station, cet été que nous avons découvert Mary Bell. Ça crie, les guitares sonnent, la basse résonne et leur énergie sur scène est indéniable ; on a donc décidé de partir à leur rencontre. Le premier album sortira le 20 novembre sur le label Danger et le Turc Mécanique.

 

Comment le groupe s’est formé ?

Victoria : Ça va faire trois ans que le groupe existe. J’ai commencé à faire de la guitare avec Gaïlla qui faisait de la batterie. On a voulu monter un groupe, en cherchant quelqu’un pour tenir la basse et chanter. C’est à ce moment-là qu’Alice nous a rejoint au chant et Tristan à la basse.

 

Pour trouver la voix d’Alice comment vous avez fait ?

 C’était un hasard, via une annonce postée sur Facebook .

Alice : moi depuis que je suis petite, je chante, j’ai toujours fait des petits projets avec des amis mais rien de concret. Ça me manquait vraiment. J’ai vu qu’ils cherchaient quelqu’un qui criait, et je me suis dit que c’était vraiment ce que je voulais faire alors je les ai contacté et ça a très vite marché.

 

Vous jouez des instruments depuis longtemps ?

 Gaïlla : Toutes les deux avec Victoria, on a commencé notre instrument quasiment en même temps, c’est pour ça qu’on a joué assez vite ensemble, en apprenant au fur et à mesure. J’ai pris quelques cours pour la batterie puis j’ai continué toute seule. Et c’est beaucoup de travail…

 

Pourquoi Mary Bell ?

On cherchait un nom qui évoque un truc un peu trash, sombre, dangereux car on est tous fans de tueurs en série, mais en même temps quelque chose d’assez contrasté et paradoxal. Mary Bell c’est une petite fille de 11 ans qui a tué deux petits garçons donc ça nous a bien parlé. Et son histoire est vraiment super intéressante.

Vous étiez sur Danger Records et  l’album qui va sortir qui va être sur le label Le Turc Mécanique ?

En fait c’est plutôt une triple co-production, entre le Collectif Semi-Conscient (le collectif dont on fait partie), Danger Records qui nous soutient depuis le début et le Turc Mécanique, qui s’est greffé assez naturellement au projet.

Ces deux labels offrent des catalogues super intéressants avec des groupes disparates et même temps avec un vrai fil conducteur. On aime leur façon de travailler, comme nous ils ont une mentalité très punk et DIY. On a vraiment de la chance de les avoir derrière nous.

 

Qu’est-ce que c’est être punk aujourd’hui ?

C’est ça justement, toutes ces personnes qui se bougent le cul pour faire des trucs par eux-mêmes, sans attendre que ça leur tombe sur le coin de la gueule. C’est être intègre et se démerder, sans te restreindre pour des raisons commerciales. Ça ne se limite pas au genre musical, c’est une façon de penser.

 

Quelles sont les artistes qui vous ont inspirés?

On s’est un peu formé autour de la scène riot girrrl, la scène nineties. Quand on compose, ça va vraiment dans tous les sens question influences, ça peut aller du classique, au grunge, en passant par des trucs plus électro.

 

Comment vous faites pour composer à 4 ? 

C’est super naturel, on ne fait pas d’improvisation, quelqu’un ramène quelque chose, une ligne de basse, de chant, un riff, et chacun apporte sa patte au morceau. Comme pour les paroles, certains textes ont été écrit à plusieurs. Il n’y a pas de règle. C’est d’ailleurs une façon de nous défouler, quand il nous arrive un truc, parfois on écrit dessus. C’est un exutoire. On y parle de tout ce qui nous fait chier. Le dernier morceau est sur la pression sociale vis-à-vis des femmes qui, passées 30 ans sur le fait de faire des gosses, on a aussi écrit contre les petits problèmes du quotidien et sur les gens qui se plaignent pour des trucs inutiles alors qu’il se passe des choses bien plus horribles. Nos textes reflètent plutôt bien notre univers, c’est pourquoi on les diffuse sur Facebook.

En live, c’est assez compliqué de capter les paroles à 100%, mais c’est aussi une volonté du groupe. Alice chante dans un micro d’harmonica qui rajoute de la distorsion.

 

Et l’album? Et vos projets à venir ?

Notre album devrait sortir dans quelques semaines, au mois de novembre et il y’aura surement une release party dans la foulée. On l’a enregistré l’été 2015. Les gens qui nous ont récemment vu en live ont déjà entendu la plupart des morceaux qui sont dessus. On se remet déjà à composer depuis cet été, et on a maintenant 4 nouveaux morceaux qu’on joue aussi en live.

Quand on a enregistré l’album, c’est parce qu’on avait tout le matériel pour le faire. On est dans une démarche où dès qu’on a plusieurs morceaux de côté, on les enregistre et on les sort, pour passer à autre chose et se remettre à composer.

On s’auto enregistre, alors c’est plus facile pour nous de sortir les morceaux. On a des associations qui nous entourent et des potes qui nous prêtent du matos. Dont le Collectif Semi-Conscient dont on fait partie, qui consiste à mettre les compétences et le matériel de plusieurs personnes en commun, à échanger et à se filer des coups de main. La page Facebook du Collectif reprend les news de tous les groupes qui en font partie. Le Collectif nous permet une grande liberté.

On va préparer une tournée pour 2017, essayer de tourner un peu plus en province. Ça change de se confronter à un autre public que celui qu’on connaît ici, et qui a des attentes différentes.

Pochette de l'album à venir réalisée par Gailla
Pochette de l’album à venir réalisée par Gailla

Des femmes qui vous inspirent ?

Victoria : Dans des personnalités plus connues ou en littérature, Carson McCullers, mon écrivaine préférée qui a écrit de supers romans. Elle avait des problèmes avec sa féminité, qui sont traduits de manière très intéressante dans ses livres. C’est une écrivaine que j’offre en cadeau à mes amis pour faire partager. Elle fait partie de ces personnages un peu à la frontière des genres, qui n’ont pas eu peur de ce qu’ils étaient vraiment, en se dévoilant au grand jour aux yeux de la société. C’est le genre de personne que j’admire.

 

Finalement, les pressions c’est un sujet qui te/vous touche ?

 

Victoria : Je trouve pleins de choses paradoxales, on est dans une société où on nous dit que les droits de la femme avancent, ce qui est vrai sur certaines avancées juridiques de ces 50 dernières années, mais la pression sociale est toujours là, voire même pire maintenant. La société va toujours dire que c’est aux femmes de changer et de s’adapter au monde qui les entoure, plutôt que d’éduquer l’ensemble de la population pour que tout le monde puisse vivre en harmonie, et ça, c’est un truc qui me dépasse.

 

https://marybellftw.bandcamp.com/

www.colsemco.com

Photographie: Emeric Guaquere 

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