INTERVIEW : KEDR LIVANSKIY

Nous avons découvert Kedr Livanskiy il y a quelques mois sur l’internet  et on vous en a d’ailleurs parlé comme d’un coup de cœur. Jeune artiste russe de la scène électronique, nous l’invitons pour sa première scène européenne le 13 mai prochain au Petit Bain où elle nous interprétera son premier EP, January Sun. En attendant, elle nous a accordé un petit entretien qu’on vous laisse découvrir ici.

 

Quels étaient tes rêves quand tu étais plus jeune ? 

C’est pas évident de me rappeler mon enfance. J’aimais passer du temps dans la nature avec ma grand-mère quand j’étais vraiment petite. J’étais toujours en train de chanter et de faire des spectacles chez moi avec ma sœur et des amis dans la rue. Je me souviens quand la première partie du livre d’Harry Potter a été publié, j’avais dix ans, et  je voulais recevoir une lettre de Hogwarts et apprendre la magie pour entre à Gryffondor.

Comment tu composes et crées tes morceaux? 

Au tout début du processus, c’est un peu similaire à un voyage. En regardant ça ressemble un peu à une psychanalyse de toutes mes pensées, qui sont parfois chaotiques. Je ne sais pas ce qui ne va pas, mais je suis assise, j’écris et j’essaie de retranscrire cette sensation. C’est important de se laisser aller, comme de la méditation. Parfois un miracle apparaît et on rencontre par hasard quelque chose qu’on a désiré. Je reconnais tout de suite ce mouvement dans la musique, celui que j’ai toujours voulu depuis le début et là je sais que je suis sur la bonne voie. Je sais au fond de moi  comment devra exactement être ce morceau. Après, j’ajoute d’autres samples, drums, et c’est là que tout commence, je pars de la musique pour y écrire des paroles. Pour moi la mélodie est plus légère et plus simple que les mots, c’est pour ça que je commence par elle.

Je ne pense pas aux gens, ni à la nature, je pense à la musique, au son qui pourra décrire mon état, à ce qui est à l’intérieur de moi afin de le capturer avec précision. Je transforme mes sentiments en musique, mais ils ne sont pas tangibles, je ne me les explique pas ; et si je pouvais le faire, pourquoi faire de la musique ? Parfois, je travaille pendant des semaines, mais cela ne marche pas ; ne pas chercher est la chose la plus importante en soi, parce que le son qui sort dans ces moments-là ne montre rien, est nul. Après le 1er de l’an, je me suis tapé un bad, je sentais la fin complète du monde. Puis je me suis assise devant Ableton pleine de désespoir et j’ai trouvé le bon son ; c’est magique, c’est clair, la musique prend son envol !

Qu’est ce qui inspire tes compositions ?

Ma vie intérieure avant tout, qui évolue par elle-même, en dépit de ma vie extérieure. Quand tu veux créer quelque chose que tu ne peux pas explique tu te poses et tu écrits. C’est une émotion, un état et c’est ce sur quoi je veux travailler, en essayant de m’y rapprocher le plus possible à travers la musique. C’est une manière de vivre et une forme de connaissance sur le monde. J’aime beaucoup aller dans des endroits que je ne connais pas, penser, commencer à inventer des choses, rêver. Ces ballades seules me sont très utiles parce que tu peux complètement te recentrer sur toi. J’aime aussi beaucoup, dans ces moments-là, regarder les enfants qui rentrent de l’école avec leurs gros sacs, ces enfants qui troublent le calme du monde. Le cinéma m’inspire aussi beaucoup : c’est un objet visuel qui me touche, c’est un monde que j’aime. Et évidemment, la musique : lorsque j’écoute des musiques cools, j’ai directement envie de laisser tomber tout ce que je fais et aller écrire. Finalement, mes inspirations sont partout ; l’important est de vivre les yeux grands ouverts.

Peux-tu nous dire comment est la jeunesse russe ?

Je pense qu’elle est pareil qu’ailleurs. Avant, beaucoup de jeunes partaient en Europe et aux États-Unis, comme si c’était une honte de venir de Russie. La plupart ont essayé d’adopter le style de vie, la créativité et même la musique de la culture populaire anglaise. Maintenant, les gens retournent vers les traditions et ont arrêté d’avoir honte du passé soviétique et je pense que c’est une bonne chose pour la culture aujourd’hui. Beaucoup de jeunes cherchent une identité dans ce monde : chacun doit être créatif pour construire un nouveau monde, c’est cela qui fait une formidable jeunesse.

Y a -t-il une femme qui t’inspire ?

Je me rappelle de la première musique que j’ai faite sérieusement avec Inga Copeland. Je pensais : « Mon Dieu, cette fille fait un son superbe ». Cela m’a donner l’envie de croire en ce que je pouvais faire.

Hope Sandoval du groupe Mazzy Star est une femme que j’aime beaucoup. Je peux écouter ses albums sans cesse, allongée sur mon lit en fixant le plafond ; j’aimerais vivre dans l’univers de ses musiques !

J’ai parlé du fait que le visuel était très important pour moi : j’adore la réalisatrice Claire Denis et l’actrice russe Yekaterina Golubeva qui a joué dans mon film préféré, Pola X de Leos Carax. Côté littérature, Virginia Woolf est une écrivaine que j’admire.

Peux-tu nous dire de quoi parle tes musiques ?

J’utilise un langage figuré, plutôt poétique. Je parle, à travers les phénomènes naturels, de la vie, des émotions et des sensations ; c’est plus facile pour moi de penser ces choses de cette manière. Je pense que la musique n’est pas  nécessairement là pour expliquer, mais pour créer un chemin subtil vers la magie sans détruire le charme.

Quels sont tes plans pour le future ?

Je travaille actuellement sur un album qui sortira au milieu de l’automne prochain.