INTERVIEW : JULIETTE ARMANET : « Les planètes se sont alignées de manière assez simple et j’ai suivi le chemin du cosmos »

Depuis l’amour en solitaire je trépignais d’impatience de renouer les liens auditifs avec l’univers de Juliette Armanet. Surprise, son nouvel Ep dans ma boîte aux lettres ne m’a pas déçu, bien au contraire. La cavalièr(e) seule revient pour une sortie le 29 Avril et on a hâte de voir les premiers lives. 

 

 

Qu’est ce qui t’as donné envie de faire de la musique, on sait que tu as grandi dans un environnement assez propice pour en créer? 

Je pense que le fait d’avoir eu tout le temps de la musique autour de moi enfant m’a complètement entouré. Il y avait ce piano au milieu du salon, qui était comme une tentation permanente. C’était très naturel de se mettre au piano, après chaque repas, quelqu’un jouait un morceau. C’était cette facilité là, très familiale et intime.

Qu’est ce que tu voulais faire quand tu étais plus jeune?

C’est drôle, parce que l’autre fois j’ai retrouvé des papiers où à quatorze ans on me demandait ce que je voulais faire plus jeune et j’avais écrit journaliste et chanteuse et c’est ce que j’ai fini par faire.

Ah , t’as été journaliste? 

Oui pendant six ans, j’ai travaillé pour Arte, j’ai réalisé des films documentaires pour les soirées Thema. J’ai plus trop le temps mais j’aimerais beaucoup y revenir, surtout à la radio étant donné que j’avais bossé pour France Culture. Je préfère la radio, c’est drôle d’imaginer les gens, cette part d’imaginaire me plaît plus.

A quel moment ça a vraiment commencé pour toi? Plus sérieusement, la musique?

J’ai toujours commencé à composer des mélodies, y’a eu plusieurs étapes en regardant avec un peu de recul. J’ai fait du cabaret, du théâtre et j’ai fait enregistrer un disque avec le soutien de la Sacem. Il y avait des portes qui s’ouvraient mais je n’osais pas vraiment y aller, parce que je faisais d’autres choses dans ma vie qui m’intéressaient vraiment. Il y a deux ans, j’ai eu un vrai déclic, les planètes se sont alignées de manière assez simple et j’ai suivi le chemin du cosmos.

Comment tu joues sur scènes? Comment tu comptes jouer ton EP ?

Je suis justement entrain de monter un band autour du projet pour le faire vivre d’une manière plus live. Mais le piano voix c’est vraiment ma signature. J’ai envie de quelque chose de plus fort.

Y’a beaucoup de solitude dans ce que tu composes, comment t’expliques ça? 

A un moment de ma vie où j’étais pas mal seule, je le vivais mal, mais au fur et à mesure, j’ai commencé à apprivoiser cet état solitaire et à en faire quelque chose qui soit plus épanouissant, presque militant. Quelque chose de très indépendant pour une femme, je trouve ça important de savoir vivre seule, de se débrouiller toute seule.

Je pense que de passer d’un père à un mari c’est la pire chose qui puisse arriver à une femme et qu’il faut avoir ce moment-là de quête de soi, de recherche, parfois d’errance, pour savoir où on veut aller. Notre identité féminine à notre époque, il faut aller la chercher. Cavalier seule, c’est du masculin, du féminin et ça me ressemble.

 

 

Qu’est ce qui s’est passé entre « L’amour en solitaire » et le dernier EP ? 

J’ai fait pas mal de lives, beaucoup de premières parties avec Tellier, Doré, les Brigitte, je me suis forgée sur scène. Le live c’était un petit rendez-vous où je me forçais à essayer de composer de nouvelles choses et je les testais. Cela m’a permis de beaucoup composer, j’ai produis mon Ep aussi. Marlon Bois m’a accompagné dans ce projet, j’ai mis du temps à trouver les bonnes personnes, je ne voulais pas surfer sur un petit buzz.

Pour composer, je donne des maquettes que je fais, étant donné que je fais pas mal de trucs toute seule. Je leur donne des sons un peu péraves, des directions, des ambiances, après mon arrangeur retravaille un peu ça et après on rentre en studio pour travailler ça.

C’est important du coup pour toi de chanter en français ? Ça nous rappelle France Galle ou Véronique Sanson ce que tu fais !

Moi je suis plus Véronique Sanson, parce que c’est une punk. C’est une flamme brûlante, très sauvage qui n’est pas du tout sage et ça, ça me plaît bien. Par rapport au langage je suis une vraie psychopathe avec les textes, je ne lâche jamais rien. Je travaille longtemps pour que ça sonne exactement comme je le veux et puis j’ai fait des études de lettres et du théâtre ça amplifie mon amour pour la langue française.

J’aime également le coté animal de Sagan, cette liberté d’être qui elle avait envie d’être, d’aimer les hommes, les femmes, d’avoir des animaux, de jouer au poker.

 Artwork : Théo Mercier,Erwan Fichou,Jeremy Piningre
Artwork : Théo Mercier,Erwan Fichou,Jeremy Piningre

Y’a t’il une femme qui t’as inspiré ou marqué ? 

Spontanément j’ai envie de dire Barbara, parce que je la trouve étonnante et puis il y a Nina Simone aussi. Nina c’est une espèce de chaman, quand on regarde ses lives, y’a quelque chose de commun entre les deux. Elles ne regardent jamais leurs mains quand elles jouent au piano, comme s’il y avait un point dans l’espace qu’elle fixait, qu’elles regardaient une personne imaginaire de manière obsessionnelle.

Qu’est ce que tu écoutes  en ce moment? 

En ce moment j’écoute Mansfield TYA, c’est une bonne amie et je trouve qu’elle a sorti un album très riche et j’étais très fan de Sexy Sushi.  J’écoute aussi ma pote Fishbach que je trouve super douée, qui me fait rire avec son côté glacial dark et je lui loue un avenir très prometteur. J’écoute aussi les Paradis et en ce moment on fait beaucoup de karaoké Johnny Hallyday avec mon mec.

Après dans de plus vieilles inspirations, j’aime la naïveté des années 80, qu’on essaie de retrouver difficilement puisqu’on est tous devenu très cynique.  Il y a une joie dans ces années-là, très touchante. J’écoute pas mal le Voulzy des années 70 et Jonas où je citerai une seule journée passée sans elle, très belle chanson.

Si tu parles autant d’amour c’est parce qu’il n’y en pas assez dans le monde d’aujourd’hui? 

Non il n’y en n’a pas beaucoup, c’est le moins qu’on puisse dire. Je ne ferai jamais de chansons engagées, parce que je trouve que ça va pas trop ensemble. Je n’ai pas l’impression qu’on vit dans un monde tendre, en tout cas moi j’habite à Barbès je vois comment les migrants se sont faits jetés, je vois les tensions sociales qui se creusent de plus en plus. Je vois les femmes de différentes communautés, qui se regardent avec de plus en plus d’incompréhension.

 

Cavalier seule, son nouvel EP sortira le 29 Avril, alors on reste connecté.