Cinéma : Vivere un film de Judith Abitbol

La 38ème édition du Festival Cinéma du Réel se tient en ce moment et jusqu’au 27 mars prochain à Paris : mêlant documentaires, essais et expérimentations, le festival met l’accent sur le patrimoine du genre documentaire en le faisant dialoguer avec des créations contemporaines. A cette occasion, nous avons rencontré Judith Abitbol qui présentait mardi au Centre Pompidou son dernier film, Vivere.

Judith Abitbol capture le réel depuis son plus jeune âge : depuis ses 11 ans, moment où son père lui offre une caméra super 8, elle ne cesse de filmer son quotidien, le monde qui l’entoure. Elle produira plusieurs films liés à la musique, la photo ou encore le cinéma, toujours profondément empreints de vérité.

Vivere retrace la fin de la vie d’Ede ; sa fille, Paola vient lui rendre visite dans la vallée du Tramazzo en Emilie-Romagne, région rurale de l’Italie. C’est une relation mère-fille fusionnelle qui se joue sous nos yeux ; spontanée, d’une joie sans faille, Ede se souvient de ses jeunes années avec sa voisine, cultive son jardin, chante et danse en pleine rue avec sa fille. Huit années durant, Judith Abitbol filme ces visites ; Paola remarque que le paysage de sa région natale, à l’instar de sa mère, change. Au fil des images, du temps, la maladie d’Alzheimer gagne Ede -la cinéaste nous confiera d’ailleurs que c’est elle qui a détecté les premiers signes de la maladie. Le discours incohérent de la femme est ponctué de souvenirs, toujours de danse et de chant : « J’étais paysanne… ». Judith Abitbol ne fait pas abstraction des moments douloureux par lesquels passent Ede, Paola et ses frères, mais c’est ce lien filial, d’amour qui ne cessera jamais de les lier qui ressort surtout. Véritable ode à la vie, Vivere nous invite à partager 1h30 durant la vie d’une femme happée par la maladie, mais qui ne cessera jamais de chanter.

C’est au fil de ses visites que la réalisatrice a su qu’elle ferait un film sur Ede, même si cette dernière n’avait pas forcément conscience de ce que voulait dire être filmée : « Je ne sais pas quel était son degré de conscience ; une caméra et être filmée pour elle ça ne voulait pas dire grand chose. La caméra n’était pas un objet qui lui était familier. ». En effet, Judith Abitbol présente à travers ce film le « bond social phénoménal entre Paola, ses frères et leur mère ». La mise en lumière de cette profonde campagne italienne peuplée de gens simples contraste avec, notamment, le passage à la télé de Paola dans une émission américaine. C’est finalement le montage des 50 heures d’images relatant les visites de Paola chez sa mère qui construit le récit : « Monter c’est écrire l’histoire. » Pour bâtir ce film, la réalisatrice a fait des choix, a montré ce qu’elle pouvait et voulait montrer, avec pudeur et véracité.

Ce film est le premier d’une série intitulée Certains fruits de l’asile. Ce cycle présentera plusieurs films tirés d’images capturées par la cinéaste depuis l’an 2000. 15 ans de rushes seront transformés en « […] films de cinq minutes, de trois heures ; un film sur les escargots, sur la Forêt Noire, mais aussi un film beaucoup plus vaste qui partira de Paola, de sa vie et de la vie du village ». En attendant, vous pouvez assister à la dernière projection du film qui est prévue le jeudi 24 mars à 17H au Centre Wallonie-Bruxelles (127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris).

 

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