Interview Betty Tompkins

Ellensburg WA 1973

Betty Tompkins est une artiste américaine qui a commencé sa carrière dans les années 1970 : ses premières œuvres représentants l’acte sexuel ont fait l’objet de censure et n’ont été redécouvertes qu’au début des années 2000. Nous voulions en savoir plus sur son parcours atypique.

Betty, parlez-nous de votre parcours : vous êtes née en 1945 à Washington ; avez-vous toujours baigné dans l’art ? Arrivée à l’université, quel était votre médium de prédilection?

Notre famille était assez pauvre, mais la culture était très estimée. Dans mon enfance, j’ai passé beaucoup de temps aux musées, dans les salles de concert et au théâtre. Lorsque j’étais au lycée, j’étais ouvreuse dans un théâtre, j’ai donc pu voir beaucoup de pièces. J’aime la peinture à l’huile. J’ai été très influencé par l’expressionnisme abstrait puis par Rauschenberg et Johns que j’admire, mais aussi par les artiste Pop.

Aujourd’hui, les femmes ont moins de visibilité que les hommes dans l’art ; avez-vous fait les frais de cette forme de sexisme lorsque vous avez commencé votre carrière ? Comment cela s’est-il traduit ?

C’était évident, lorsque je suis arrivée à New York, que les marchands d’art n’étaient pas intéressés par les femmes. Au lieu d’être plombée par cela, j’ai trouvé cela très libérateur. Je me suis adaptée, je n’avais pas de pression ; j’étais complètement libre de faire tout ce que je voulais donc je l’ai fait.

Pour la série Fuck paintings vous vous êtes inspirée d’images pornographiques que possédait votre mari ; pourquoi cette volonté de les représenter à travers votre regard? Cette série nous a par ailleurs d’emblée évoqué le travail de Chuck Close : est-ce une inspiration directe? Pourquoi cette volonté de représenter l’acte sexuel de manière hyperréaliste?

Ce que je voyais dans les galeries m’ennuyait. Je ne restais pas plus de cinq minutes dans la plupart des expositions que j’allais voir. J’ai donc développé cette volonté de faire le travail qui a un niveau d’engagement plus élevé. J’ai créé le travail que je voulais voir dans les galeries. J’ai travaillé de cette manière parce que c’était ce que je voulais travailler.Cela représentait un défi pour moi : je devais tout inventer. Chuck Close habitait au dernier étage de l’immeuble dans lequel j’ai emménagé lorsque j’avais 29 ans. Quand les gens venaient me voir dans mon studio, ils disaient « oh comme Chuck Close, mais en moins bien. » Cela me rendait folle, mais c’était vrai.

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Ce travail a été rejeté, notamment à Paris dans les années 1970, comprenez-vous aujourd’hui pourquoi? Quelles répercutions cette forme de censure a –t- elle eut sur vous, votre mental, votre travail?

Mon travail a été censuré par les français en 1973 et par les japonais en 2006. J’étais surprise à chaque fois et je ne sais pas pourquoi ; j’espère que cela ne se reproduira pas. Les deux fois j’ai créé une série, Censored : ces dessins m’ont permis de rester raisonnable et sensée face à cette forme d’adversité. Au-delà de cela, cela n’a pas changé mon travail. Je n’ai plus été prudente, mais juste très inquiète.

Votre travail a été redécouvert dans les années 2000 : pouvez-vous nous dire comment cela est arrivé? Quelle a été votre réaction?

Dans les années 1990, j’ai entendu dire que Jerry Saltz, alors critique pour Village Voice, souhaitait mettre en place une exposition à propos du sexe. Je lui ai envoyé une collection de diapositives en lui disant que j’aimerais qu’il prenne en compte mon travail pour cette future exposition. Je n’ai pas eu de retour, je me suis donc dit qu’il avait jeté les diapos. Quatre ou cinq ans plus tard, j’ai reçu un coup de téléphone de Mitchell Algus me disant qu’il avait vu mes peintures des années 1970 en diapositive et qu’il voulait les voir ; Jerry lui avait montré pensant qu’il serait intéressé par ce que je faisais. Quelques mois après, à la fin 2002, j’ai été exposée dans sa galerie. La redécouverte de ce travail est une chose magnifique. Je suis ravi d’avoir attendu si longtemps pour enfin jouir de cela. Et, bien sûr, je travaille toujours très dur.

Parlez-nous de votre travail commencé en 2013, WOMEN Words, que voulez-vous montrer avec cette oeuvre?

WOMEN Words Phrases Stories est en ce moment exposé à Chelsea à la FLag Art Foundation jusqu’au 14 mai. Cette série comporte 1000 peintures allant de la taille 4×4 jusqu’à 36×36. Sur chaque toile est inscrit un mot, une phrase ou une histoire à propos des femmes qui m’ont été envoyés en réponse à une demande faite par mail en 2002 puis en 2013, lorsque j’ai commencé à les peindre. La réponse a été exceptionnelle. Les visiteurs passent beaucoup de temps dans l’exposition et nous avons par ailleurs mis en place un mur où ils peuvent inscrire des mots. Comme à chaque fois, je veux mettre au défi les spectateurs de passer du temps devant mon travail, qu’il s’engage dedans et peut-être avoir une ou deux idées.

En voir plus de la série WOMEN par ici et par

 

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