INTERVIEW : Maya Fuhr

ENGLISH BELOW

On vous présentait Maya Fuhr, jeune photographe canadienne, il y a quelques mois. Nous l’avons interviewé pour savoir comment elle travaille, connaitre ses sources d’inspirations et ses projets à venir. 

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http://www.mayafuhr.com

Maya, tu as commencé la photographie lorsqu’on t’as offert ton premier appareil à tes 18 ans : quelles étaient tes motivations de départ, tes premiers sujets de prédilections ? 

Quand j’ai eu mon premier appareil, je n’avais pas de motivation précise ou de sujet de prédilection. Je venais juste d’emménager à Montreal et j’étais si excitée par mon nouvel environnement que mon appareil est devenu un exutoire de créativité et un moyen de décrire ma nouvelle vie. Certaines de mes premières photographies représentaient des petits déjeuners, des amis, du matériel militaire des magasins d’antiquités, des choses comme ça. J’ai très vite mis en place des petits shootings de mode. Je me souviens très bien de mes deux premières sessions photos : j’avais deux amies blondes habillées en sous-vêtements cintrés avec un foulard à pois dans leurs nattes ; l’autre était avec mon ami Maddy courant dans la neige avec simplement un manteau de fourrure. Dans un premier temps, j’explorais beaucoup la sexualité et le corps, je capturais mon passage vers l’âge adulte, sa grande beauté et ses bons moments.

Tu as grandi avec internet : à partir de quel moment as-tu compris que cela pouvait être un levier pour ton oeuvre ?

Quand j’étais au lycée, mes amis et moi prenions de nombreuses photos de nous et nous avions l’habitude de les poster sur un site appelé Ringo ; c’était avant Tumblr ou Instagram. C’est étrange, cela me paraît loin, mais je crois que je fais partie de la dernière génération d’adolescent qui a grandi sans cette obsession des réseaux sociaux – j’en suis totalement reconnaissante. Je travaillais en argentique durant les premières années où je faisais de la photos, ça a donc pris du temps avant que je ne mette mon travail en ligne. Lorsque j’avais environ 20 ans, j’ai créé mon premier site internet en installant un compteur de visite ; lorsque j’ai commencé  à voir qu’il y avait des centaines de personnes par jour qui regardaient mes photos, cela m’a convaincu de continuer à partager mon travail. J’ai commencé à conserver et passer au crible toutes les photos que j’avais mises en ligne. C’était très gratifiant de savoir que des gens aimaient mon travail, mais j’ai surtout compris qu’internet était un outil vital pour créer des archives en ligne et organiser la quantité folle de photographies que j’ai.

Tu as fait des études de cinéma ; en quoi cela  se retrouve dans ton travail? Y-a t-il des films / une époque du cinéma en particulier qui t’inspire ?

Étudier le cinéma était nécessaire pour évoluer en tant que photographe parce qu’en fait, je n’avais pas réalisé que je voulais faire de la photo et non des courts métrages. J’ai créé des films sans dialogue, sans intrigue qui ressemblaient à des photos prises lors de tournage. Adolescente, j’étais obsédée par les films d’Harmony Korine, puis à la fac je m’interressais beaucoup aux films de la Nouvelle Vague, ainsi que les films des années 60 et 70. J’ai vraiment passé ces années à fuir la réalité en regardant les films de Fellini, Gordard, Scorcesse… C’était la seule issue pour surmonter ces années d’école. Cela a  assurément influencé ma manière de photographier et mes premiers travaux.

Comment travailles-tu sur tes shootings en amont ?

Pour mon travail personnel je ne prévois généralement rien. Souvent, cela me prend une vingtaine de minutes pour tirer un portrait, parce que c’est un processus très intuitif ; c’est assez naturel pour moi de capturer immédiatement comme je perçois ce qu’il y a en face de moi.

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Comment choisis-tu tes sujets ? Est-ce toi qui habille tes modèles en dehors de tes collaborations ?

Des agences de mannequins me contactent pour prendre leurs modèles et j’accepte généralement lorsqu’on me présente de nouveaux visages, sans beaucoup d’expérience parce que je les trouve plus naturels. Dans la vie de tous les jours, j’aime les looks androgynes et les atmosphères douces. Si je ne travaille pas pour une publication je choisis toujours le style de mes modèles.

La couleur est omniprésente dans ton travail ; pourquoi ce choix ?

Il y a une palette de couleur que j’apprécie particulièrement, rien de plus.

Qu’est ce que tu as trouvé intéressant dans le fait de collaborer avec India Salvor, Michelle Lefade ? Peux-tu nous dire ce qui intéresse dans le fait de mélanger les médias artistiques ?

J’ai parfois une vision complexe des médias avec lesquels je veux travailler. C’est dur de tous les utiliser, donc mes collaborations sont très importantes pour explorer des formes d’arts différentes. Je m’ennuierai a être coincé dans mon délire ! J’aime travailler avec d’autres artistes parce que cela crée un sens de la communauté et permet d’ouvrir un dialogue. Je suis inspirée simplement par le fait d’être entourée d’autres artistes, où les idées jaillissent instinctivement.

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Est-ce que tu te considères comme une reporter de notre génération?

J’ai créé une installation à la Art Gallery d’Ontario qui allait dans ce sens. J’ai affiché d’extravagant portrait d’artiste à Toronto en les faisant dialoguer ensemble dans un « carré VIP » de gala afin d’explorer la relation entre le personnage d’artiste et l’élite. C’est dur de dire si les personnes que je prend en photo sont pertinentes  dans ce contexte mais c’est vraiment au spectateur de décider. Tous les photographes ajoutent quelque chose à la manière dont sera vu toute notre génération dans le future.

Que penses-tu de la photographie contemporaine aujourd’hui? Aurais-tu un conseil à donner aux jeunes photographes qui espèrent réussir face à tant de concurrence?

Mon plus grand conseil est de ne jamais se comparer aux autres photographes, c’est une perte de temps. Trouver sa propre voie en tant qu’artiste est plus important que suivre les tendances.

Y a t-il un projet que tu aimerais mettre en place, pas forcément en photographie ?

Je me remet à faire des courts métrages et j’adore ça !

Y a t-il une femme qui t’inspires ? Pourquoi ?

Cela peu paraître kitsh, mais je suis incroyablement inspirée par ma grand-mère. Elle entre dans ses 90ème année, mais à l’énergie d’une femme de 20 ans. Je viens juste de terminer une campagne de mode avec elle, donc restez connecté !

 

http://www.mayafuhr.com/ – http://mayafuhr.tumblr.com/

 

ENGLISH VERSION

We introduced few months ago Maya Fuhr, a young canadian photographer. We interviewed her to know how she works, her inspiration and her personal project.  

Hannah Wnorowski's by Maya Fuhr
Hannah Wnorowski’s by Maya Fuhr

You started photography when you parents gave you your first camera at 18 years old : what were your motivations at start, your preferred topic ? We read that you always had you camera with you, you kind of started with street photography?

When I first got my camera I didn’t have specific motivations or a preferred topic. I had just moved to Montreal and I was so young and excited about my new surroundings that the camera became an outlet for creativity and a device to document my new life. Some of my first photographs were of breakfasts, portraits of friends and military gear in antique stores, stuff like that. It didn’t take long before I was creating little themed fashion-style shoots. I remember my first couple of shoots really well: I got two blonde friends to wear high waisted underwear and pokadot hankercheifs with pigtails. I lit them with a lamp and they sort of looked like 60s playboy bunnies. Another shoot was my friend Maddy running in the snow in just a fur jacket. At first I was really into exploring sexuality and the body, while capturing my coming-of-age and it’s overwhelming beauty and good times.

You grew up with Internet, when did you understand that this could be a tool for your work?

When I was in high school, my friends and I took a lot of cute pictures of each other and would post them on a site called « Ringo. » This was before tumblr or instagram. It’s weird how ancient that makes me sound, but I think I was the last generation of teens without this new social media obsessed world- I’m totally thankful for that. I was sort of a ‘luddite’ in my first years of taking film photographs so it took me a while to get my work up online. When I was about 20 I built my first website and installed a counter of visitors to my site, so when I started seeing that there were hundreds of people looking at my photos a day, I was really motivated to get my work out there. I started curating and sifting through all of my photos and my work developed from there. It was really gratifying knowing that people actually liked my work, but more importantly the internet was a vital tool to create an online archive and thematically organize my insane amount of pictures.

You studied cinema several years ago, to what extent has this episode been influencing your work? Are there any films, or a period of cinema history that inspire you?

Studying Cinema was imperative in developing as a photographer because I actually wouldn’t have realized I wanted to take photos without having made short films. I’d make all of these movies with no dialogue or story line that just looked like film-stills. As a teen I was obsessed with all Harmony Korine films, and then during film school my taste was all about The French New Wave and movies from the 60s and 70s. I literally dedicated my college life to escapism and watching Fellini, Godard, Scorcesse, etc.. It was the only way I could cope with attending school. It definitely influenced my fashion style and early work.

How do you work on a photo session beforehand? Do you plan everything?

In my personal work, I usually don’t plan anything. It usually takes me about 20 mins to take a portrait because it’s a highly intuitive process and it’s pretty natural for me to instantly capture however I perceive who or what is in front of me.

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How do you choose your models? Do you decide the style of your model or do you work with someone?

Modelling agencies send me options and I usually go for the new faces with not a lot of experience because I find they’re more natural. In day to day life, I like the androgynous look and i’m drawn to mellow vibes. I style shoots myself unless it’s for a publication where a stylist is crucial.

Color is ubiquitous in your work, can you explain us this choice?

I have a specific colour pallet that I like, there’s not much more to it

What did you find interesting about working with artists like Inda Salvor, Michelle Lefade, why is it interesting to mix medias ?

I sometimes have complicated visions in terms of the mediums I want to delve into. It’s hard to execute them on my own so collaboration is very important to explore other art forms. I get bored being stuck in my own crazy head! I love collaborating with other artists because it creates a sense of community and open dialogue. I feel inspired by just being around other creatives where ideas flow extremely instinctively.

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Do you think that you are kind of a reporter of our generation?

I did an art installation @ the Art Gallery of Ontario on this idea. I displayed flamboyant portraits of artists in Toronto and had them play themselves in an exclusive « VIP » section of a gala to explore the relationship between artist persona and elite facade. It’s hard to say if the people I photograph are relevant in the grand scheme of things, but that’s really for the viewer to decide. All photographers add to how people will see our generation in the future as a whole.

What do you think about contemporary photography? Would you give some advice for young photographers who still look forward to succeeding despite the competition?

My biggest advice is to never compare yourself to other photographers. It’s a waste of time. Finding your unique voice as an artist is more important than following trends.

Is there a project that you would like to realize, not necessarily in photography?

I’m dabbling with making short films again. I’m really enjoying it!

Is there a woman who inspires you? Why?

It sounds cheesy but i’m incredibly inspired by my grandma. She’s in her 90s and has the energy of a 20 year old. I just did a fashion editorial starring her, so stay tuned 😉

http://www.mayafuhr.com/ – http://mayafuhr.tumblr.com/

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