INTERVIEW : TRITHA, le rock qui soufflait sur Calcutta

On a rencontré Tritha Electric lors de son dernier concert au Réservoir à Paris, l’occasion pour nous de parler musique, engagement et femmes. Originaire de Calcutta et rockeuse dans l’âme, Tritha est un talent à suivre. 

 

D’où vient cet intérêt pour le rock et la musique en général ?

Je pense que les artistes que j’ai toujours voulu reprendre venaient du rock. Les voix que je voulais explorer étaient toujours différentes. Le rock me fait sentir plus confiante, puissante en tant que femme. C’est important, surtout qu’en Inde ce n’est pas facile de devenir une personne libre.

 Tu as donc été influencé par le rock que tu as pu écouter ?

Oui, aujourd’hui j’écoute The Doors, Mile Stevis, mais j’écoute aussi Chinese Man un groupe de Marseille ; j’ai fait une musique avec eux qui est sortie sur l’album  The GROOVE SESSIONS Vol.3  en 2014. C’est ma dernière victoire, la musique s’appelle Balma elle est produite par S.O.A.P ( Son of a Peach)

 

Quel message veux-tu faire passer à travers ta musique ?

La première chose c’est que les gens doivent passer du bon temps. Ils doivent rentrer chez eux heureux. Ensuite, je pense que la musique peut être un intermédiaire intéressant pour parler de sujets sérieux.
On était au Matheran Green Festival, ce qui m’a permis de parler de l’environnement, de la protection de la planète. Je chante aussi à propos de la corruption en Inde avec le morceau Fish Market qui a été censuré là-bas sur MTV et à la radio. Mais je pense que ce n’est pas grave parce qu’en Europe le message a pu passer. L’autre message que j’ai voulu transmettre concerne le fait d’être une femme libre avec le morceau Pagli qui veut dire « femme folle », qui narre  le passage, pour les femmes, de l’oppression à la liberté.

 Est-ce que c’est important pour toi de chanter dans ta langue maternelle ?

Pour moi c’est naturel. Quand j’ai écrit ma première chanson c’est venu dans ma langue maternelle. Je préfère ne pas me braquer dans la créativité et laisser venir les choses. J’écris aussi en hindi, même si la langue de ma mère c’est le bengali . Maintenant, je pense un peu à écrire en anglais et en français parce que ça commence à venir instinctivement. J’ai aussi un autre groupe qui s’appelle Space : les textes sont en anglais mais mixés avec de l’hindi et bengali. On veut que tout le monde puisse comprendre. C’est un groupe plus engagé et militant. J’ai donc deux cotés : Tritha Electric, qui est plus mon expression en tant que musicienne et chanteuse et le groupe Space où on est plus militants.

Comment as-tu rencontré les membres du groupe Tritha Electric ?

J’ai rencontré le batteur Paul il y a 5ans à New Delhi, il vivait là bas, on s’est vu sur un projet appelé « Hair ». Il était ingénieur et voulait monter un groupe un Inde, mais moi je me sentais proche de projets plus classiques, je ne voulais pas jouer du rock. Il m’a dit « je pense que tu as du rock en toi » : je jouais de la guitare acoustique, il m’a dit de me mettre à l’électrique tout en gardant mon sari. Puis j’ai rencontré Matias, le guitariste, à un autre moment à Calcutta où on jouait à une soirée ; en parlant on s’est rapidement échangé nos contacts. Maintenant on a aussi Jeff à Paris et en Europe et Tony, c’est beaucoup d’énergie positive.

 

Avez-vous des projets à venir ?

Avec Tritha Electric on travaille sur notre prochain album, composé par Mattias, le guitariste, et moi. Mais tout le monde participe sur cet album. On va avoir des musiques sur la pluie, l’amour, et aussi Radha qui est une des amantes préférées de Krishna qui n’est pas souvent représentée. Je pense que tout ça va sortir l’année prochaine, le première album  Pagli c’était la finalité de notre rencontre avec le groupe et le deuxième aplatira notre entente. Cette semaine on sera à Budapest au festival WOMEX, on ouvre le festival, on est très contents d’y avoir été invité.

 

On a pris plein de choses de l’Europe comme la liberté des femmes […]

 

Tritha Electric
Tritha Electric

Y’a t-il le parcours d’une femme que tu admires?

J’aime beaucoup Bjork en tant qu’artiste je pense qu’elle est très belle, généreuse et très contemporaine. J’aime le fait qu’elle soit engagée pour l’environnement. C’est difficile, il y en a beaucoup. J’admire aussi une économiste en Inde Arundhati Roy, c’est une écrivaine brillante. Il y a aussi Susheela Raman une super chanteuse. Puis toutes les musiciennes Indiennes classiques que j’écoute parce qu’elles se sont battues pour avoir leur place.

D’ailleurs peux-tu nous parler de ton combat pour les femmes en Inde ? La créativité des femmes est-elle oppressée?

J’ai été nommé comme une musicienne activiste par la BBC, mais je n’utilise pas vraiment ce terme pour me définir. Je dirais plutôt que la musique me sert de parole  et que je suis plutôt une arctiviste.
Je pense que c’est difficile pour n’importe qui, d’avoir un travail par exemple, donc bien sure que c’est un combat. C’est vrai que c’est peut-être plus difficile pour les femmes, à cause du passé, à cause du pouvoir des hommes. Mais je pense que c’est du passé. On rentre dans une époque où les hommes et les femmes ont besoin d’être ensemble pour avancer et doivent se supporter. Je pense que le combat principal est à propos de la corruption et de l’environnement. Si tu es créative tu dois le montrer.

 

Qu’est ce que tu penses de l’appropriation du Bindi en Europe ?

Je pense que c’est cool, je le porte tout le temps comme une partie de moi. C’est un peu un accessoire, comme porter une couleur. Je pense que c’est intéréssant que le Bindi soit dans la position du troisième œil : c’est normalement un symbole de spiritualité et j’aime le fait de me dire que tous les jours je peux toucher mon troisième œil. Je pense que c’est bien si les gens l’adoptent : on a pris pleins de choses de l’Europe comme la liberté des femmes, alors c’est un bon échange.

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