MUSIQUE : L’Interview de Louise Roam

On ne sait toujours pas pourquoi on s’était donné rendez-vous pour un café aussi tôt mais le réveil s’est fait en douceur.

On a discuté de Raptus son premier EP qui nous offre 18 minutes de voyage hors du temps, de ses diverses inspirations musicales, et elle prepare déjà un Ep pour Automne.  Rencontre avec Louise Roam, celle qui ne s’arrête jamais.
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D’où vient cet intérêt pour la musique classique ?

J’ai commencé à pratiquer la musique à l’âge de 5 ans. Un peu avant de m’inscrire en classe de violon mon père m’avait appris un morceau classique au piano. Il me l’a transmis oralement. J’ai trouvé la partition du morceau peu après puis j’ai commencé à déchiffrer « tel doigt sur telle touche est égal à telle note ». J’ai appris à lire une partition de cette drôle de façon. Quelques mois après, je me suis inscrite au conservatoire, je voulais faire de l’accordéon, on m’a alors gentiment orienté vers le violon

Qu’est-ce qui t’as fait arrêter le classique ?

Le temps! Je n’avais plus de temps pour tout faire, il a fallu que je fasse un choix. A l’adolescence j’ai doucement glissé vers la découverte du rock, je pratiquais la guitare et le violon. Continuer le classique m’a permis d’obtenir une rigueur de travail que l’école ne m’a pas apprise. Je fuyais l’ennui de l’école. Il n’y a pas de mauvais élèves, il y a une mauvaise école je pense.

Est-ce que tu composes et écris de manière autobiographique ?

Oui et non. Je m’inspire forcément de ce je vis, de ce que je ressens, l’intérêt est que je maîtrise cette matière. Ensuite je l’applique à des personnages qui en font ce qu’ils veulent en quelque sorte et racontent d’eux même un nouvel univers, une nouvelle histoire. Au début de la composition de ce premier EP, j’ai beaucoup réfléchi à la musique plus qu’aux paroles, aux lignes de voix même. En ce moment je commence à composer le deuxième EP et la voix va y prendre sa place.

Est-ce que la musique est une manière de te sentir plus libre ?

Je vais te confier que le seul moment où je me sens exister pleinement c’est en faisant ou en écoutant la musique. C’est à cet endroit que je suis entièrement libre. Pour certain c’est la parole qui libère, j’ai parlé très tard, la parole me fait peur.

Quelle relation as-tu avec la scène ?

Plus je joue mieux je me sens. Je suis en train de développer cet aspect de mon travail, j’y prends énormément de plaisir. Parallèlement je joue  avec Saycet sur la tournée de son 3ème album, c’est une expérience enrichissante.

Comment as-tu rencontré Saycet ?

Via Phoene qui devait quitter le groupe pour de nouvelles perspectives. Et les choses se sont faites d’elles même ensuite.

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Une certaine bipolarité se fait sentir dans ta musique, elle est très mélancolique et hypnotique, parfois plus violente, comment l’expliques-tu ?

Raptus, le titre de l’EP signifie le ravissement, l’extase. Je suis allée chercher des états seconds, hypnotiques. Dans cette spirale il arrive de traverser différentes émotions avant d’arriver à ce moment de plénitude, parfois un peu de violence oui.

Au moment de la composition je me suis surprise à être hypnotisée par un motif musical que je laissais tourner. A ce moment là beaucoup de choses se passent, il y a une double écoute, de l’intérieur et de l’extérieur, du coté du compositeur, du coté de l’auditeur. Et la musique s’élève enfin.

Y a-t-il une période musicale qui t’inspires ?

Beaucoup de choses m’inspirent. Le début de la polyphonie, le classique, la musique moderne (Steve Reich, Anton Webern …). Ce qui m’inspire ce sont les périodes de rénovation de la musique. Je m’inspire beaucoup de poésie que je lis à voix haute, comme une chanson. Patti Smith est très inspirante aussi.

Tu lis beaucoup , la lecture et tes voyages sont importants pour toi?

La lecture est primordiale. Le Walden de Thoreau est le point de départ de Raptus. Il a développé un langage avec la nature et j’ai voulu creuser cette idée, l’expérimenter à ma manière. Les lectures de Sylvain Tesson sur la marche et la solitude ont une place de choix. Marcher et distordre le temps. Et la quête d’une solitude non pas pour être à l’écart mais se trouver soi-même.

Y a-t-il une femme qui t’as inspiré ou te fascine ?

Il y en a beaucoup.

Marine Tsvétaïeva car sa vie est fantastique, sa poésie très puissante. Une autre figure importante est Cécile Sauvage. Lire ses deux femmes a participé à mon éveil.

Monica Zetterlund est une figure importante aussi. Elle était suédoise et chanteuse de jazz. L’enregistrement de « Waltz for Debby » avec Bill Evans est sublime. Cette femme était déterminée à devenir une icone du jazz, elle a côtoyé Ella Fitzgerald qui lui aurait dit, « rentre dans ton pays, le jazz est une musique de noir, et d’anglophone ». Elle est rentrée en Suède et s’est mise à chanter alors en Suédois. Elle est devenue une légende du jazz. Sa force me fascine.

Qu’est ce que tu penses du féminisme ? Ce combat a-t’il une importance pour toi ?

Oui bien sur, il y a encore beaucoup trop d’inégalités entre hommes et femmes. J’ai du mal à comprendre que cela puisse persister de cette façon à notre époque. C’est très vrai dans la musique. Il y a peu de femmes qui font de la prod, c’est un domaine principalement masculin et cela arrive que certains sourient quand une femme fait le même métier.Le plus dur sera de se défaire de ce modèle patriarcale obsolète. Mais je suis pleine d’optimisme, ça changera assez vite.

Photographies : Daubron Soraya

DATES A VENIR :  2 Juillet à L’international et le 15 Juillet au Trabendo 

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