ART PLASTIQUE : Emma Gruner, la domination masculine véhiculée par la culture du selfie

Chaque année depuis 2008, The Photographer’s Gallery de Londres propose un rendez-vous incontournable pour découvrir les talents émergents de la photographie contemporaine made in UK : l’exposition FreshFaced+ WildEyes.



Se déroulant du 16 juin au 5 juillet, cette exposition met en avant de jeunes étudiants en art visuel de toute la Grande-Bretagne, l’occasion pour nous de vous présenter Emma Gruner qui participe à la manifestation. Etudiante à l’Université des Arts de Londres, Gruner propose pour cette événement une série d’autoportrait, largement influencée par la culture du selfie, explorant la féminité et le regard de l’homme sur celle-ci à travers des photos proche du porno hard mainstream.1-e1409765468821Pas forcément esthétique, ces clichés sont à mettre en parallèle de la prolifération des réseaux sociaux et autres sites amateurs : ceux-là multiplient la façon dont on voit, mais aussi dont nous somme vu, donnant à chacun le pouvoir de se construire une identité en ligne. Emma Gruner parle d’identity-performance, concept selon lequel notre identité est réévaluée, édifiée de manière performative et totalement subjective sur ces réseaux : nous contrôlons notre image et sa représentation. La photographe s’intéresse à l’interaction entre le sujet en train de jouer devant la caméra et le résultat de ce jeu sur le spectateur.

Le regard de ce spectateur -celui de l’homme hétéro– est intériorisé et se répercute sur la lentille photographique : la femme est sexualisée, objectivée, répondant aux attentes du regard mâle. Elle dira dans une interview donnée à Trip Mag : « Les médias sont complètement immergés dans une piscine de  soft porn où l’hyper-sexualisation est normalisée. » Selon elle, cette hyper-sexualisation amène a adopter une construction idéalisée de le femme et la projette dans l’idée que la représentation sexuelle d’elle-même est la seule identité à choisir afin de satisfaire au regard masculin.1_Emma_Gruner

Emma Gruner s’attaque aux concepts de la sexualité féminine et à la représentation du moi contemporain en mettant en scène exclusivement son corps : celui-ci devient le sujet et l’objet toujours représenté de manière sexuelle. L’objectivité de son corps fait écho à l’objectivité du corps de la femme en général : en faisant référence au porno hétéro mainstream, les photographies de l’artiste pointent du doigt un phénomène et se sert de son corps pour l’interpréter.

Retrouvez le travail d’Emma Gruner sur son site, par ici.

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