En Bolivie, les Cholitas sont de vraies catcheuses

Entre coutume, émancipation et respect de la vie de famille, certaines femmes appelées Cholitas en Bolivie sont devenues populaires sur le ring.

Photo: Daniele Tamagni

« Cholitas », « Chola », ces termes auparavant utilisés possédaient une connotation raciste désignant alors l’immigré, le métisse. Désormais les Cholitas sont des catcheuses, des femmes fières de leurs origines et de leurs cultures en s’appropriant une tradition longtemps réservée aux hommes.

Une tenue symbolique 

La lucha libre est une forme de catch mêlant lutte mexicaine, gréco-romaine et catch américain et est née au Mexique dans les années trente : alors réservée aux hommes, ce sont aujourd’hui ces femmes qui montent sur le ring. Elles conservent tout une tradition et un attachement particulier à la religion en priant avant leurs matchs. Elles arborent une tenue des plus sophistiquées : robe à trois volants, chapeau melon -souvent adopté exclusivement par les hommes-, bijoux colorés et boucles d’oreilles bling bling. Tout une symbolique vestimentaire qui nous montre que ces femmes veulent avant tout garder leur féminité.

Un sport qui répond aux violences faites aux femmes

A l’inverse des catcheurs, les Cholitas privilégient la mise en scène se donnant régulièrement en spectacle dans des écoles -ce qui rapporte des fonds- : jouant beaucoup sans attiser de violence, leur style de combat reste plus rapide et plus populaire que celui des hommes. Courageuses et motivées, elles passent quelques heures par semaines à s’entraîner avec de véritables professionnelles. Le catch pour ces femmes est devenu un moyen d’émancipation et d’expression. Elles dirigent tout, de A à Z : elles s’occupent d’organiser des compétitions, payer les lutteuses, vendre leurs tickets, faire leurs pubs..

74% des femmes en Bolivie vivent une relation conjugale plongée dans la violence et on compte plus de 98 femmes assassinées en 2014. Ces femmes victimes de leurs maris, accueillis dans des hôpitaux, préfèrent se taire sur leurs blessures et garder le silence face à ce fléau. Pour Juanita la douce, une des catcheuses les plus populaires de Bolivie, ce sport doit permettre aux femmes de s’offrir une assurance vie et maladie, il doit être également une arme de défense face aux hommes violents.

Ces femmes qui ont gagné leur popularité, leur gloire, leur argent, grâce à ce sport ne font qu’investir pour améliorer la qualité de vie de leurs enfants et la leur. Malgré leurs efforts, leurs combats, elles restent méprisées par quelques hommes qui pensent qu’elles ne devraient pas faire voler leurs jupons sur un ring, qui préféreraient que celle-ci restent à la maison afin de s’occuper de leurs enfants. Dans un pays où l’avortement est illégal et pénalisé, les préjugés persistent sans jamais décourager ces femmes qui se battent pour elles et leur avenir : une union marquée par une solidarité et une force incroyable qui ne les rendra que plus populaires, surtout quand l’on sait que certaines sont déjà connues à un niveau internationale.

Ne pas louper :

Documentaire, Le Folklore des Cholitas, en replay Arte le 30 Janvier.