King Kong Théorie, la pièce de V. Larré : par des femmes, pour tout le monde

On a lu King Kong Théorie il y a bien longtemps, aussi quand une pièce de théâtre adaptée de cet ouvrage s’implante au Théâtre de la Pépinière, on a forcément envie de voir ce que ça peut donner. Autant vous dire qu’on a fini conquis et on va vous en donner les raisons.

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A peine 10 minutes avant le début de la représentation, la foule ne cesse d’affluer sur le trottoir bordant le théâtre de la Pépinière. Si le public semble majoritairement féminin, il n’en demeure pas moins éclectique. Toute les générations se côtoient, certains sortent du travail, d’autres des cours, les talons hauts croisent les sneakers, il n’y a pas de règle ou de catégorie socio-professionnelle qui vaillent. 

Tout ce monde se place en vitesse, la salle se remplit en quelques minutes, les actrices sont déjà sur scène, concentrées. 

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Sur la scène, des casiers de vestiaire, deux chaises et un écran géant. Minimaliste. Au premier abord, le pari semble risqué. L’espace disponible semble gigantesque, Vanessa Larré, metteuse en scène, fait confiance à ses actrices et à leur présence scénique, on lui donnera bien vite raison. 

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Difficile cependant de conceptualiser une adaptation de King Kong Théorie réunissant trois personnages. Cet essai, très personnel, est taillé à même l’histoire et la sensibilité de Virginie Despentes. 

Mais d’entrée de jeu, on assiste à une véritable appropriation du texte. La répartition du texte entre les trois actrices, Barbara Schulz, Valérie de Dietrich et Anne Azoulay, apparaît comme une évidence. Chacune d’elles vit l’histoire, chacune d’elles met tout son coeur et son corps à disposition de la réflexion de Despentes. 

Ceci ne s’arrête pas là. Avec un casting très éclectique, Vanessa Larré réussit le pari de donner une dimension polymorphe à l’essai de Despentes. On voit tantôt la colère, tantôt l’espoir, tantôt le raisonnement, parfois même tout en même temps dans l’intervention de chaque actrice. 

Loin de l’adaptation lisse et sans valeur ajoutée, cette pièce transcende la narration et le récit personnel pour nous arriver en pleine face, vécue par les actrices comme par leur public. Qu’il y ait identification ou non, King Kong Théorie ne laisse personne de marbre tant cette dernière est criante de réalité et de vérité.

Cette prouesse tient en partie à la dimension interactive de la pièce. Armées de leur caméra qui projette sur écran géant leurs jeux tels des témoignages à huis-clos, les actrices semblent livrer à coeur ouvert ce récit qu’elles ont su s’approprier à merveille. 

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King Kong Théorie nous offre ainsi une réflexion crue, intense et douloureuse sur le rapport de la société à la femme, à son corps. Néanmoins, pas une seconde la vulgarité ou la violence ne prend le pas sur l’espoir et sur l’intelligence du discours. Quand parfois elles apparaissent, elles sont l’expression de toute l’oppression que l’on connait au quotidien, elles sont compréhensible de toute personne qui a un jour ressenti la pression sociale imposée au corps féminin et à la femme dans sa globalité. 

Virginie Despentes a fait avancer la condition féminine en osant ce que tout le monde avait toujours évité. Elle parle du viol, de la prostitution, de la domination masculine comme personne n’a envie d’en entendre parler. Ces sujets font partie des choses que tout un chacun tout un chacun sait sans jamais vouloir s’y confronter verbalement. Les mots que Despentes place sur ces problématiques ne sont pas qu’une mise en lumière, ils sont aussi un support précieux de reconstruction pour autant d’opprimé(e)s à qui on sert quasi-exclusivement des discours favorisant culpabilisation et stagnation. 

Le jeu des actrices vient ici donner une dimension plus proche de nous au discours, plus réaliste, plus acide. 

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Aussi, malgré l’extinction des lumières marquant la fin de la pièce, la salle reste silencieuse jusqu’à l’ovation dix minutes durant de celles qui ont dépensé toute leur énergie pour nous servir cette prise de conscience collective. 

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King Kong Théorie, d’après l’ouvrage éponyme de Virginie Despentes : jusqu’au 27 décembre au théâtre de la Pépinière (Opéra).

Tarif -26 ans : 12€

Tarif normal : 29€

Tarif réduit : 19€

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