Interview : Marie-Flore

Le 15 novembre dernier se produisait Baxter Dury à la Cigale : Marie-Flore l’accompagne sur scène, l’occasion pour nous de la rencontrer, de parler de son dernier album, By the Dozen, mais aussi amour, musique, et femme. 

Daubron Soraya ©

 

On a commencé par lui faire écouter cinq morceaux, elle nous a livré ses impressions :

Blondie- Heart of Glass : “Ca m’évoque une boite de nuit à Tourcoing.”

Kate bush – Wuthering Heights : “On dirait Cher qui a pris du LSD, ou de l’hélium, tu vois.”

Lana Del Rey – Ultraviolence : “ C’est Lana Del Rey, j’aime beaucoup le premier album je l’ai trouvé génial, le deuxième un peu moins fan, mais j’apprécie l’esthétisme de cette meuf et sa voix surtout.”

Tatu – All the things she said :  (Elle chante) “ J’ai pensé faire une reprise de cette chanson, c’est Tatu. C’est bien, il aurait fallu qu’elles le fassent maintenant parce que c’est un peu chaud là-bas en Russie, mais elles avaient un vrai combat.”

Beyoncé – Run the world ( girls) : “Beyoncé! Respect qu’est ce tu veux dire d’autre. J’adore pour moi c’est une super artiste, une performeuse, une business girl, toutes ses apparitions en mode grosse production américaine sont toujours impressionnantes.” Et t’en penses quoi de son improvisation sur le féminisme ? “Je sais pas si ça veut vraiment dire quelque chose venant d’elle qui se met à walp, j’ai pas trop vu passer l’info, après c’est bien qu’elle ait des positions, qu’elle ne fasse pas que la chanteuse.

 

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Ton dernier album est en rupture avec ce que tu as pu faire ; il y a-t-il autre chose que le fait que tu te produises avec des musiciens aujourd’hui?

 Je dirais pas que c’est parce que j’ai un groupe sur scène maintenant, c’est plutôt parce qu’on a passé trois ans à le faire donc les chansons ont eu le temps d’évoluer. J’ai énormément travaillé sur les arrangements et j’ai voulu donner une autre dimension aux chansons que j’écrivais avant. Du coup c’est assez cool, ça a aussi eu des conséquences sur comment j’envisageais le live, mais  je ne voulais plus jouer seule. J’avais aussi beaucoup de choses à défendre, beaucoup d’instruments à jouer et je ne pouvais pas tout faire.

 

 

Et sur l’aspect créatif ça change quoi d’être entourée?

Pour l’album on a fonctionné en vase clos avec Robin Leduc qui est mon réalisateur,  j’apportais mes chansons arrangées et lui réalisait les titres et les arrangeait aussi. Sur le live on voit comment on peut adapter en fonction de nos moyens, voilà pourquoi il y a pas mal de chansons qui ont beaucoup changé. Pour moi c’est deux travaux  différents, être entourée en live ça m’aide beaucoup et je commence à aimer la scène. Tu entends les choses comme tu as envie de les entendre, tu te sens portée, c’est de l’énergie.

 

 

Tu dis que tu commences à aimer la scène mais qu’est ce qui te déplaisais avant?

J’étais frustrée d’être seule au bout d’un moment. Au début je me posais pas trop de questions, j’y allais je prenais ma guitare et c’était comme ça, mais à un moment, ça a commencé à me peser de ne pas pouvoir me retourner et regarder quelqu’un sur scène. Etre toujours seule avec moi-même c’est un peu dur, surtout quand tu sais que ta musique ne se résume pas à une guitare et une voix.

 

 

Pourquoi parler autant d’amour dans ton dernier album?

C’est vrai, ça parle d’un amour qui a été assez obsessionnel et en fait je ne me suis pas posée la question au moment de l’écriture ; on va dire que ça sortait naturellement, je voulais ne parler que de ça et j’en avais besoin. C’est un album qui est assez monomaniaque, qui parle de la même chose. Généralement les chansons qui me touchent c’est à travers ce thème là,  je ne vais pas être touchée par une chanson politico-machin, sauf quand j’avais seize ans, mais maintenant moins. Même si c’est hyper personnel je pense que les gens peuvent injecter ce qu’ils veulent dedans et c’est ça qui est cool.

 

 

Pour la suite, tu as pensé à de nouveaux morceaux? 

Oui! En ce moment j’écris en français, c’est le mood depuis un an, du coup je commence à réfléchir à comment je vais monter ça en musique. Je suis en phase d’écriture et de compo, j’écris seule puis on passera en studio pour fixer tout ça.

 

 

 

En dehors de ces textes pour ta musique, tu écris autre chose?

Oui. J’ai écris deux nouvelles en français. Y’en a une qui traite de l’amour et l’autre plutôt une nouvelle réaliste. Ecrire c’est ce que je préfère.

 

 

Et qu’est c’que tu aimes le moins?

Lorsque tout ce qui concerne la gestion de carrière prend le pas sur la création ; lorsque je me retrouve seule face à un problème : ne pas avoir de groupe, être seule décisionnaire, c’est un peu dur et c’est de ta vie dont il s’agit.

 

Comment te sens tu en tant que femme dans un métier généralement dominé par les hommes ? 

C’est hyper dur, t’es souvent la petite fille qui ne sait pas ce qu’elle veut. Quand t’es en studio on va croire que tu ne sais pas de quoi tu parles, quand tu parles de son et il faut réussir à s’imposer. C’est vrai que c’est souvent les hommes qui sont derrière les manettes. Un jour, un mec a remixé l’un de mes morceaux et j’aimais pas la direction qu’il avait pris ; je lui ai donc demandé de mettre certaine choses à leur place en employant des termes techniques puis il m’a regardé comme si il me pensait incapable de savoir de quoi je parlais. Aussi, quand t’arrives sur scène avec ta petite guitare, t’as des regards, des gens qui te prennent pas forcément au sérieux, c’est vrai que c’est un milieu super machiste.

 

 

Et ce genre de comportement t’as déjà freinée dans ta carrière?

Non parce que je crois que quand tu commences à parler aux gens et qu’ils arrivent à comprendre que t’es pas une petite avec rien dans le crâne, que tu sais où tu veux aller, la barrière s’effondre. Je pense quand même qu’on est beaucoup victime d’a priori.

 

 

Et Baxter Dury, il est comment avec toi ?

 Ca se passe super bien: il a son groupe et moi je suis choriste, je chante toutes les voix féminines, très présentes sur ses albums.

 

 

Comme lui tu aimerais exporter ton projet à l’étranger ? 

J’aimerai beaucoup essayer en Angleterre, en Allemagne ou en Scandinavie, mais cela est une chose. Maintenant que je suis signée en maison de disque cela doit être réfléchit un minimum. Par exemple, l’Angleterre, j’aimerai vraiment y aller, j’aimerai que ça parle aux gens là bas ; mais c’est peut être le pire des pays à essayer, c’est hyper dur pour les français d’aller là-bas, je sais pas comment ça va se goupiller encore, mais c’est un désir en tout cas.

 

 

Tu as surement une période artistique ou musical que tu préfères?

La période qui me parle le plus c’est les années 1960, le garage,  je pense que je fantasme beaucoup sur cette époque et sur ses personnages, mais je sais pas si j’aurai été faite pour vivre à cette époque là. 

 

 

Et si tu devais prendre exemple sur le parcours d’une femme, qui ça serait?

Sûrement Patti Smith. Ce que je trouve super c’est qu’elle a commencé par l’écriture et il y a peu elle a sorti un recueil. Je trouve ça assez génial qu’après autant d’années elle ait encore le désir d’écrire, ça veut dire qu’elle est vraiment faites pour ça.

 

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