Colère de formatée

Je déteste souffrir des règles sociales adoptées pour une  majorité représentant une norme à laquelle il faut s’adapter, comme tout le monde j’imagine. Ces règles décidant pour une population entière quelles aspirations à avoir pour donner un sens véritable à nos misérables vies sur Terre. Travail, Famille, Patrie.

Je suis formatée, comme beaucoup de celles/ceux qui me liront, je suis imprégnée de cet idéal de vie bourgeois : Moi, ma femme et mes enfants. Tiraillée entre la conscience de ce formatage et l’impossibilité de m’en défaire, je crie à l’injustice de ne pas avoir accès à la norme. Le mariage est loin, ce n’est qu’un symbole, encore dans le monde des idées. Je rêve de concret, de ne pas sentir de regards insistants lorsque j’embrasse ma copine, lorsque je lui tiens la main. Je voudrais arrêter d’être originale par ma sexualité.  Je le suis pour tellement d’autres choses… Trêve de plaisanterie, j’ai de la rancœur envers mon éducation judéo-chrétienne. Je ne peux différencier ce que l’on m’a imposé de mes désirs intrinsèques, ai-je vraiment envie d’avoir des enfants ou est-ce une fois de plus l’illusion d’un modèle à reproduire sous peine d’échec vital ? La maternité m’interpelle beaucoup, un phénomène permettant de renouveler la population étant, dans nos sociétés occidentales, une manière de reproduire un schéma imposé d’après guerre. Une femme et un homme s’aiment, pour concrétiser leur amour il faut des enfants, la suite logique du couple. Un peu d’elle et de lui, sinon ça ne marche pas vraiment.  Mais je suis une femme qui aime une femme, alors quelle est la suite logique de mon couple ? Techniquement parlant, je ne vous apprends rien en vous rappelant que je ne peux pas tomber enceinte d’elle, pourtant ce n’est pas faute d’essayer.

C’est une douleur que devoir subir cette injustice, parce que j’ai une relation amoureuse homosexuelle je devrais avoir une croix à porter ? Je me trouve chanceuse d’être une femme, d’avoir la possibilité de porter un enfant sans avoir recours à la science, d’avoir le contrôle sur mon corps et ma maternité. Cependant avoir un enfant d’un inconnu, d’un homme que je n’aime pas, ou même un enfant qui ne sera pas biologiquement de moi, ne me satisfait pas. Je n’arrive pas à me convaincre de ce qui me semble un second choix. Pour autant les conditions de ma maternité ne dérogeront pas à la règle et soit un homme devra intervenir, soit l’adoption sera de mise. Je ne renie pas les lois de la nature, je déteste le fait de ne pouvoir accéder à la norme en vigueur, l’impression de devoir me contenter d’un choix de « deuxième main ». Et je me déteste de penser cela. Je me rends compte que mon désir d’enfanter repose sur un code social égoïste alors qu’élever un enfant devrait être un raisonnement consciencieux, inspiré par l’amour de la vie, «Si j’ai un enfant, c’est comme si je disais : je suis né, j’ai goûté à la vie et j’ai constaté qu’elle est si bonne qu’elle mérite d’être multipliée. » a écrit Kundera dans La Valse aux adieux. Consciente de ce paradoxe, je souhaite ardemment me défaire du schéma traditionnel, du désir de conformité, afin de guider ma vie par moi-même, et non plus par des règles rongeant mon inconscient, règles dictées par quelques instances morales désuètes. Mais je suis en colère de devoir subir en attendant d’arriver à me détacher, de me reconstruire autour de repères établis en fonction de mon bon sens, de prendre la distance nécessaire afin de faire des choix éclairés et ne plus envier cette norme qui m’écarte pour ce que je suis.

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