Interview : Eloise Bouton, journaliste, féministe et musicienne.

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On a rencontré Eloise Bouton, on a aimé son franc-parler, ses multiples visages et sa fascination pour notre chat, on vous laisse découvrir !

1 – Raconte nous un peu ton parcours ? 

«  Alors, j’ai fait des études d’anglais, de journalisme, je me suis spécialisée dans le féminisme noir américain en maîtrise d’anglais. J’avais déjà des pensées féministes, mais qui se sont concrétisées par mes lectures, à la fac etc. C’était des petits engagements militants plus politiques, avec au début Ras l’Front quand ça existait encore, puis SOS racisme.. Après j’ai rejoint Ni putes ni soumises, quand ça s’est créé je suis allée à plusieurs réunions par curiosité, je trouvais que c’était une belle initiative. Puis je m’en suis détachée quand ça a était torpillé politiquement. Idem pour Osez le féminisme, je trouvais que c’était trop affilié au parti socialiste, j’ai donc fait quelques réunions juste comme ça sans insister. 

J’ai ensuite milité pour la Barbe pendant un an, j’ai fait plusieurs actions avec elles, c’était vraiment chouette, le côté parodique, ironique me plaisait beaucoup, les réactions provoquées m’ont vraiment interpellée. Puis Femen après qui pour moi rejoignait le côté parodique sur certains points, la réappropriation du corps, le mettre au centre du combat féministe. »

2 Quelle est la structure féministe qui t’a le plus plu?

“ C’est super difficile pour moi de répondre.. Parce que je pense qu’elles ont toutes un truc qui me plaît et en même temps la globalité ne me convient pas. Je pense que je prendrais un peu de la BARBE, de FEMEN , d’OLF… Et puis là, il y a FièrEs qui s’est récemment monté et qui me plaît beaucoup, c’est l’une des seules qui allie combat LGBT et féministe et pour moi c’est essentiel dans la pensée féministe. » 

3 Quel est le type de féminisme dans lequel tu te reconnais parmi matérialiste, essentialiste, les autres et pourquoi?

“ Je ne sais pas si je peux dire que j’appartiens à une certaine école, je dirais pareil que la réponse précédente, y’a plein de choses à prendre partout. Moi, par exemple je suis plutôt abolitionniste, j’vais plutôt avoir tendance à aller vers des associations qui résonnent là-dessus et en même temps certaines sont aussi très conservatrices et ont un discours très excluant pour les prostituées, du coup c’est difficile . Pour moi le vrai problème en France sont les deux thématiques qui séparent le féminisme : Le port du voile et la prostitution. J’ai pas encore vraiment trouvé d’association où c’est clairement abordé..

4 Est ce que pour toi féminisme et journalisme sont compatibles et as- tu rencontré des barrières dans ta liberté d’expression ( malgré une dominante masculine dans les hauts postes) ?

“ Oui, féminisme et journalisme c’est compatible, parce que je pense qu’on est des êtres humains avant d’être des journalistes, on a forcément des avis, des positions, il y a des journalistes de gauche, de droite… Après l’exprimer c’est tout autre chose. Généralement le mot “féministe” fait peur, souvent quand je contacte des rédactions pour des papiers féministes on va me dire non, les papiers sur le “genre” ça passe déjà mieux, peut être parce que c’est plus neutre et dans leur tête c’est moins engageant. Après c’est vrai que certaine rédaction sont tenues par des hommes, mais il y a aussi des femmes anti-féministes et qui occupent des postes à responsabilités qui ont des discours parfois similaires à ceux des hommes et c’est pire. Je pense qu’elles sont conditionnées et que c’est trop flippant pour elles.

5 ) Comme on a pu le constater les féministes sont montées au créneau dans chaque attaque des anti mariage pour tous, ressens tu une proximité entre la défense des droits des femmes et des droits LGBT et comment peux-tu l’expliquer?

“ Pour moi c’est lié. Je ne comprends pas les associations féministes blanches, hétérosexuelles et bourgeoises, non. C’est peut être des femmes qui ont un accès à la culture plus facile, à des fonds féministes, mais on ne peut pas dissocier le genre du féminisme et ça devrait être lié par tout . Le problème étant que comme c’est déjà difficile pour chaque combat de se faire valoir , ils ont tendance à se séparer plutôt qu’à s’unir et en plus c’est très français d’avoir juste une étiquette. Dès qu’on mélange on a l’impression que c’est le bordel alors qu’en fait ce sont des combats similaires. C’est de l’humanisme avant tout. A partir du moment ou tu appartiens à une minorité je vois pas pourquoi tout d’un coup ta minorité est plus importante que celle du voisin.

6) On a vu des féministes récemment attaquées de toutes part comme Emma Watson, suite à son discours aux Nations Unies, est ce que ton engagement a déjà mis en péril ta vie privée?

« Avec Femen, oui. Des menaces de mort, de viol, des insultes, sur les réseaux sociaux et parfois jusqu’à mon domicile. Jamais eu de vraies attaques physiques mais on sonnait à mon interphone en pleine nuit, on appelait  sur mon fixe pour me traiter de “pute”, qu’on allait me “défoncer” ça c’était bien flippant. L’autre truc aussi c’est qu’ils avaient retrouvé mon groupe de musique sur les réseaux sociaux et qu’ils avaient menacé de venir à un de nos concerts et là ça mettait d’autres personnes en cause qui n’avaient rien demandé à personne. » 

7) Le débat du moment porte sur l’appellation féministe que certains désapprouvent sous plusieurs prétextes, peut-on être féministe en récusant ce mot?

“ Non, pour moi c’est un faux débat. Tiens, récemment je lisais Katy Perry qui disait que pour elle être féministe c’est ne pas avoir besoin de le dire, que le mot était dépassé. Moi je dis la preuve que non, dès qu’on prononce ce mot il fait réagir et provoque encore des choses hallucinantes . J’ai aussi eu une discussion avec des filles d’Osez le féminisme, au sujet du mot “ féminicide” , c’est encore un mot que personne ne veut utiliser, c’est très violent , les journalistes ne le comprennent pas, légalement ça n’existe pas et elles sont pour une reconnaissance sociale du terme. Pour moi c’est pareil que féministe, d’une manière ou d’une autre quand je suis une femme qui défend la cause d’une femme, soit on rigole, ou alors on pense que t’es moche, frustrée . C’est pas normal, comme si t’avais un problème. » 

8) On voit que la manif pour tous fait son grand retour dans les rues avec pour revendications “Parce que l’exploitation de la femme est intolérable, parce que l’enfant n’est pas un objet parce que  tous les enfants ont besoin d’un père et d’une mère” quels arguments utiliserais tu pour t’y opposer?

“Bah l’exploitation de la femme déjà est intolérable, dans la religion catholique celle que j’connais le mieux , la femme est présentée comme source de péchés ou de fautes, son corps est coupable avant tout . Je pense que c’est plutôt la religion catholique qui prône ce genre d’idées. Après avoir besoin d’un père et une mère je ne sais pas, personne ne m’a prouvé que c’était le cas et je connais énormément de gens qui ont un père et une mère complètement “psychopathique “. Il vaut mieux être issu d’une famille mono parentale très équilibrée je vois pas en quoi le sexe des parents ou leurs genres déterminent le bien être d’un enfant. En plus ce qui me fait rigoler dans ces manifs c’est leur coté hyper “peaceful” , merveilleux , mais ils ont des slogans insupportables, moi j’ai vu des enfants avec des panneaux “Non à l’homofolie”

 

9 ) On te voit souvent militer dans la rue, dans tes papiers, mais il est très difficile de te retrouver dans une structure affiliée politiquement à un parti, cet évitement est-il un choix délibéré?

“ Oui complètement. Pour moi l’engagement de fond ne peut pas être rattaché à un parti politique parce qu’il se fait souvent récupérer et il est intrusmentalisé et tout. Je pense qu’on est tous plus ou moins de gauche dans ses milieux là, globalement, mais après on a pleins de divergences sur beaucoup de points. Souvent dans des réunions féministes apolitiques y’a toujours des gens du front de gauche, des verts qui essayent de nous récupérer parce que ça ferait avancer beaucoup de choses pour eux mais pour nous ça serait la mort de notre combat je pense. Notre indépendance n’a pas de prix. »

10) Est ce que tu as un modèle féminin fictif ou non et pourquoi?

“ Je pense que j’en ai pleins. Petite c’était plus des modèles musicaux, Madonna c’est un peu ma première rencontre féministe, je la voyais se rouler à moitié nue dans des églises, je me demandais ce que c’était ! C’est une des première femme qui m’a dégagé l’image de ne plus avoir besoin d’un homme . Et après il y a des lectures, les Soeurs Brontë avec leur liberté d’écriture pour l’époque, c’est hallucinant. Catwoman aussi ! (rires) . Je sais pas pourquoi j’aimais bien , y’avait ce truc de femme seule, indépendante. Plus âgée, j’étais sur le coté performances de genre avec Patti Smith et Peaches, elles déconstruisaient l’image de la femme. Toute femme qui ose s’exprimer politiquement, artistiquement en tant que femme, je pense à des Frida Khalo, des Angela Davis, Betty Davis, ces femmes aux parcours hallucinants.

11) Comment pourrais-tu résumer ton féminisme en une phrase?

“J’ai deux cent cinquante truc à dire ! Il me faut cinq heures ( rires). Bon , au delà de se battre pour les mêmes droits etc, mon féminisme c’est plus éduquer, moi j’ai envie de les éduquer, de leur faire comprendre que le féminisme a une raison d’être et qu’il n’est  ni absurde, ni dangereux, pour moi c’est quelque chose de normal, il faut combattre l’ignorance.

 

 

Et pour finir en musique, on vous présente, CatSkill, son groupe :

https://soundcloud.com/catskillparis/dont-look-back

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