Interview : Leslie Barbara Butch, « Je suis une fan inconditionnelle de Régine »

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On a passé un moment avec la DJ Leslie Barbara Butch. Au détour d’un verre, elle nous raconte son expérience, son métier, son engagement.

Dans un premier temps, tu pourrais nous dire quelques mots sur ton parcours ?

«  J’ai commencé la musique très jeune, mon rêve c’était de devenir saxophoniste de jazz professionnelle quand j’avais six ans mais j’étais trop petite pour tenir un saxophone, alors j’en ai fait plus tard. Et puis après la musique en général ça vient de mes parents(…). Mon père était plutôt rock et ma mère plutôt soul, musique black. D’ailleurs j’ai longtemps cru que j’étais black !

Le Djing c’est venu quand j’ai monté un restaurant à Montpellier. Ça s’appelait l’Arrosoir et le concept c’était que les gens se retrouvent autours de la musique et de l’art en général. Il y avait des platines vinyles dans le resto et j’invitais les gens à ramener leurs vinyles que je passais dans le restaurant. C’est comme ça que j’ai commencé à mixer. J’ai tenu ce restaurant pendant trois ans, j’y ai fait plein de soirées avant d’être stoppée par des problèmes de voisinage. J’ai du fermer et je ne savais plus trop quoi faire. J’ai ensuite commencé à mixer dans un bar à Montpellier suite à une proposition puis je suis remontée à Paris il y a trois ans. »

On a vu que tu avais pas mal tourné à l’étranger, à Paris, en province. Pour toi la nuit est-elle la même partout ? Et où prends tu le plus de plaisir à jouer ?

«Je ne pense pas que la nuit soit la même partout. Même en France, c’est complètement différent, par exemple entre Lyon et Paris. Meme si j’adore mixer à Paris, j’avoue prendre beaucoup plus de plaisir à jouer à Lyon qu’à Paris. Je trouve que les gens sont plus ouverts d’esprit, plus cools, moins blasés, c’est une ambiance différente. A chaque fois que je vais là-bas, je me régale. Les meilleurs moments que j’ai passé cette année, c’était là-bas, dans un lieu génial qui s’appelle le Lavoir Public où je mixe régulièrement.

Après, il y a Tel-Aviv qui est une ville qui bouge énormément malgré tout ce qu’il s’y passe en ce moment. Il reste quand même une vie nocturne incroyable, avec un tourisme encore hyper présent. Je pense que le fait que les gens soient constamment dans la peur qu’il leur arrive quelque chose fait que tout est exacerbé, notamment les fêtes. C’est ce qui fait que ça marche. C’est incroyable. J’y ai fait la Gaypride, c’est au bord de l’eau, c’est vraiment canon »

En toute objectivité, on peut dire que ton style, ta musique plaisent à la communauté LGBT. Comment expliques-tu ce succès ?

« Comment ça s’explique… Eh bien peut-être déjà parce que je suis lesbienne. Au début j’ai eu bien du mal, surtout avec les filles. Elles croyaient que j’étais hétéro, une fille à pédés qui s’infiltrait dans le milieu lesbien. Ensuite, je pense que ça s’explique aussi par le fait que j’ai une grosse culture LGBT, et une vraie passion pour les icônes gays. Je suis une fan inconditionnelle de Régine, puis j’aime beaucoup Dalida, Ru Paul, tout ça ça me plait. J’ai un peu plus de succès auprès des garçons en général, je crois que je parle mieux le langage musical pédé que celui des filles !»

L’art et l’engagement militant doivent-ils être associés ?

« L’art est un moyen de militer, complètement. Par la musique. Ne serait-ce que le fait d’être présente à certains évènements. Là on parle de militantisme LGBT donc pour moi ça consiste à s’investir un maximum, être présente, donner de son temps et de sa personne sans même de retour financier. Je donne, je partage. C’est une satisfaction si un évènement marche parce que tu y mixes ».

A ce propos, nous avons pu constater que tu mixais régulièrement pour des évènements militants comme les Gay Prides de Paris, Marseille ou Montpellier. Quel rapport entretiens-tu au militantisme ?

« Pour moi c’est important de militer, évidemment. On a encore tellement de progrès à faire sur tant de choses. Pas seulement en tant que lesbiennes mais aussi en tant que femmes. Moi le moyen que j’ai trouvé pour m’investir, parce que je n’ai pas le temps de m’investir au quotidien dans une association ou quelque chose dans ce genre, c’est de proposer mes services aux différentes Lesbian and Gay Prides. On m’y invite et c’est avec plaisir que j’y participe. C’est mon moyen de militer à mon échelle. Cette année je me suis fait un mini tour de France des gayprides, l’occasion de célébrer la communauté lgbt et de retrouver des copains d’un peu partout, c’était vraiment super. »

Ta condition de femme t’a-t-elle freinée d’une quelconque manière dans ton ascension professionnelle ?

« Je ne sais pas si ça m’a freiné dans mon ascension mais ça me freine souvent dans mes rapports interprofessionnels, avec les mâles DJ en soirée, qui ont souvent un gros problème avec l’idée qu’une fille sache mixer. Ca ne me semble pas évoluer. Ils pensent devoir t’apprendre des choses, mixer avant toi… C’est un peu lourd. Ca m’arrive assez régulièrement. Ceci étant, je pense qu’il y a aussi une question de caractère. Certaines filles sont dans le même état d’esprit. L’idée initiale est qu’on s’aide, qu’on soit solidaires, mais certaines n’ont pas cette démarche là. Tout n’est que conflit d’égos. Les mecs avec les filles, les filles avec les filles, les mecs avec les mecs… Je ne sais pas si c’est toujours du sexisme dans ce milieu, plus un manque d’entraide même si je sais que je peux compter sur de bons amis »

Avec ton image édulcorée et ta musique entrainante, il semblerait que tous tes sets soient une partie de plaisir. Quelles sont donc les parties les plus satisfaisantes de ce métier ? A l’inverse, vois-tu des contraintes à évoluer dans le milieu de la musique et de la nuit ?

« Les satisfactions, c’est surtout d’arriver à divertir les gens. Les sortir de leur quotidien souvent difficile et contraint. L’idée c’est de faire danser les gens, de faire en sorte qu’ils lâchent tout. Si pour ça je suis obligée de passer un Dalida ou la Compagnie Créole, je le fais avec plaisir. Je ne suis pas pour l’esprit ‘faire de la musique pour faire de la musique, passer des hits’. Pour moi il faut que les gens se régalent.

Ensuite, ça peut avoir des inconvénients aussi. Certaines personnes peuvent me mettre dans des cases, comme trop généraliste ou autre. Mais je m’en fous. Je préfère faire plaisir aux gens.

Je ne me vois pas faire ça pour toujours, mais le plus longtemps possible. Mais je mets un point d’honneur à choisir les projets qui me plaisent pour mixer désormais. Maintenait j’ai un réseau plutôt chouette, avec des résidences à Milan et plein de choses. »

Ca vient d’où ces résidences à Milan ?

« Un garçon que j’ai rencontré à Paris a bien aimé mon set, il m’a proposé de venir mixer dans le club d’un copain à lui à Milan et il s’est avéré que ça s’est bien passé, du coup j’y vais tous les deux mois. C’est un grand club gay et ce n’est pas la même ambiance qu’en France. Quand tu as l’habitude de voir les mêmes personnes, les mêmes résidents, le fait de voir une nouvelle tête fait venir du monde. Des gens reviennent parfois pour venir voir mon set en particulier et c’est très agréable, très chouette ! En plus le son est fort, ça change de la France et de ses limitations en décibels. Nous ne sommes plus habitués à un tel volume sonore en France avec les limiteurs qui peuvent enlever les basses, enlèvent des possibilités… Là-bas, je suis même obligée de baisser les retours parfois ! »

Ton évolution t’a amenée à fréquenter une multitude de lieux, de milieux, de personnes. Quels ont été les moments les plus marquants de ta carrière ? Pourquoi ?

« Le truc qui m’a le plus marqué, c’est quand même la Gaypride de Montpellier en 2013. On venait d’avoir le mariage pour tous, la loi venait de passer et c’était mes copains Vincent et Bruno qui étaient les premiers à se marier à Montpellier. J’étais vraiment honorée de mixer là-bas. Sur le parvis il y avait 13 000 personnes. C’était tellement taré, tellement fort qu’après je suis presque tombée dans les pommes. J’en pleurais. C’était totalement fou. Je me disais ‘ça doit être énorme d’avoir un tel public à chaque fois, à chaque date’. C’était génial.

Et récemment, il y a eu le mariage de Charlotte de Bruges qui m’a touchée : c’était mon premier mariage de filles qui en plus sont mes copines. C’était très chouette. J’ai autant fait danser les jeunes que la famille, c’était une vraie satisfaction. J’aime quand ma musique rassemble comme ça, peut importe les différences et les a priori ! »

Tes influences sont diverses, mais as-tu une source inspiration favorite ?

« Ma copine, Alice (rires) ! Puis Lova Moor, Régine pour leurs performances quoi. En vrai, c’est clairement les gens, en général, leur réactivité. C’est l’amour quoi ! J’ai souvent dit que ce qui m’inspire à faire des mixes c’est l’amour, une rencontre spéciale ou une rupture, une tristesse que j’ai envie d’exprimer.. Et l’envie de faire danser les gens ! »

Leslie Barbara Butch sera présente pour un DJ Set le Jeudi 2 Octobre lors des Amours Alternatives, célébrant avec nous la première année de Lesbiennedelatoile.com.

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