CINÉMA : PRIDE, Mineurs, Minorités, Homosexualité

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Sorti le 17 septembre 2014, Pride vient nous conter l’histoire vraie de cette improbable association entre les communautés minière et homosexuelle sous l’ère de la très sévère Margaret Thatcher.

Matthew Warchus, réalisateur, ne tarde pas à introduire la réalité de l’histoire. Dès les premières secondes, des images d’archives de 1984 dépeignant les grèves des mineurs britanniques captivent l’attention de l’audience. Le contexte est posé : violence sociale, révolte et détresse sont au rendez-vous.

En poste de 1979 à 1990, la Dame de Fer n’a rien fait pour s’attirer les faveurs des minorités. Avec une politique d’austérité économique très rude, son gouvernement est l’un des plus – si ce n’est le plus – intransigeant du Royaume-Uni moderne. La finance, l’économie priment sur toute revendication sociale. Après l’échec du keynésianisme, paradigme économique dominant dans les années 70, Thatcher vient imposer un libéralisme dont les premières victimes sont les mineurs.

Déficitaires, plusieurs mines devaient être fermées selon la volonté de la chef de gouvernement, mettant à mal la situation de bon nombre de travailleurs miniers.

C’est à ce moment de l’histoire que Pride s’intéresse. Basé sur des faits réels, le film relate l’épisode de l’alliance LGSM « Lesbians and gays support the miners ». Le pitch ? Après une prise de conscience, le militant et activiste des droits LGBT Mark Ashton propose d’unir les forces des minorités afin de sauver les mineurs des politiques que l’on appellera plus tard « thatchéristes ».

Après avoir dépassé de multiples obstacles et recruté çà et là des volontaires pour son projet, Mark réussit enfin à mettre en place ce qui sera bientôt l’alliance LGSM. Cependant, un détail a été oublié dans son dessein : les années 80 et le mépris de la population homosexuelle.

Avec des mœurs traditionnelles cumulées l’arrivée du SIDA, touchant principalement les gays à cette époque, le Royaume-Uni ne semble pas prêt d’arrêter la stigmatisation et l’exclusion de la communauté homosexuelle.

Pride vient alors nous raconter l’histoire de ces jeunes (et moins jeunes) gays et lesbiennes, remplis de bonne volonté et bien décidés à aider coûte que coûte les travailleurs miniers.

Leurs luttes ne sont pas si éloignées, finalement. Tabassés par la police, dénigrés par le gouvernement, méprisés par une grande partie de la population, sujets à des conditions de vie déplorables… il semblerait que leur désarroi les unisse. Cependant, dans le Pays de Galle profond, où sont situées la plupart des mines britanniques, la méconnaissance de l’homosexualité ne facilite pas l’acceptation des activistes au grand cœur.

Loin des clichés et des points de vue manichéens traditionnels, ce film nous fait progresser en même temps qu’il fait évoluer ses personnages. Il ne s’agit pas de dépeindre la jeunesse homosexuelle londonienne comme une multitude de Freddy Mercury ou d’Elton John ni même de représenter les mineurs comme des paysans bruts et sans manières. Il ne s’agit pas non plus de s’apitoyer sur le sort de chacun ou de célébrer en permanence l’altruisme des protagonistes. Pride n’est que montagnes russes, grand 8 des émotions et mixeur de ressentis.

Tout est perpétuellement dans la nuance. Le scénario, le jeu d’acteur, tout est travaillé de manière à éviter le stéréotype. Il n’y a jamais d’impression de « too much », jamais non plus d’impression de réserve.

Le casting semble être taillé pour ce film. Chacun des personnages se détache par une personnalité remarquable. Malgré un rôle prédominant de Ben Schnetzer, qui incarne l’activiste Mark Ashton, tous les personnages savent occuper l’espace et toucher l’audience.

Si l’on peut regretter une dominante masculine dans le casting, il est tout de même à noter que les rôles féminins apparaissent comme des rôles puissants. Tant les femmes lesbiennes qu’hétérosexuelles imposent leur caractère et leur indépendance. Tout en conservant l’esprit des années 80 et en évitant les anachronismes, le réalisateur a su faire des femmes l’un des piliers de la lutte.

Violence, Sida, Féminisme, Matthew Warchus nous offre ici un film complet et bien traité. Dans le respect de l’histoire et des faits passés, il romance sans tomber dans l’eau de rose et choque à bon escient.

La beauté de ce film ne se limite cependant pas à son scénario. Les plans sont travaillés, bien loin d’être lisses et toujours appropriés.

Pride apparaît donc comme un rappel historique fort et nécessaire à son temps. La recrudescence de l’homophobie et le climat de violence en France n’a de cesse de nous le rappeler. Si notre temps n’est plus aux mines de charbons et à la pénalisation de l’homosexualité, il n’en reste pas moins que les acquis des minorités n’ont jamais été autant en danger.

En résumé, plus qu’un film, Pride est une belle prise de conscience à voir et revoir.

Actuellement en salle dans la plupart des cinémas Français.

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