MUSIQUE : FKA twigs – LP1

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Aujourd’hui sort  le premier album de FKA twigs (comprendre « anciennement connu pour ses os qui craquent » lorsqu’elle danse) intitulé LP1, l’occasion pour nous de vous en dire un peu plus sur cette jeune artiste qui a déjà fait ses preuves.

 

Tahliah Barnett a vu le jour durant l’hiver 1988 à Gloucestershire, une petite ville de campagne du sud ouest de l’Angleterre. Ses premières influences musicales seront constituées de musique africaine et jazz que son père, jamaïcain, affectionnait tout particulièrement ; sa mère, espagnole et professeur de salsa, lui prodiguera sa passion de la danse en l’emmenant dans des nightclubs dédié à ce style, l’installant sous le pupitre du DJ et la laissant se faire hypnotiser par les rythmes, les costumes, les mouvements. Seule métisse dans une école catholique, elle se sent différente et les autres lui font sentir sa différence ; elle dira dans une interview donnée pour Dazed Digital Magazine : « Evidemment c’était dur. Les gens disaient d’horribles choses sur ce que je ne pouvais contrôler, mes cheveux, la couleur de ma peau… Durant la moitié de ma vie, les gens me regardaient fixement parce qu’ils pensaient que j’étais moche. Pendant l’autre moitié, les gens me fixaient parce qu’ils pensaient que j’étais fascinante. Cela montre bien comment peut être la société, comment elle peut être étrange à votre égard. ». Sa différence, elle va continuer à la cultiver lors de son adolescence dans le sens où elle a toujours voulu faire des choses qui sortaient de l’ordinaire. Alors que ses petits camarades s’agitaient sur les musiques des Spice Girl, Barnett préférait chanter dans un groupe de gospel avec des grands-mères ou  prendre des cours d’opéra et de danse classique. Si sa fibre artistique va autant se développer, c’est aussi parce qu’à Gloucestershire, à part les vaches à traire, les activités restent restreintes. C’est donc dans le petit club de jeunesse de sa ville natale qu’elle commence à faire les chœurs sur les raps de ses camarades et qu’on lui fera remarquer qu’elle à une jolie voix.

 

Puis à 17 ans, qu’elle décide de quitter le foyer familial pour Londres où elle intègre Croydon College afin d’y étudier la danse; après deux mois passés là-bas, elle prend conscience que si elle veut faire carrière c’est dans la création musicale et le chant. Elle n’arrêtera pas la danse pour autant, preuve en est de ses nombreuses apparitions dans différents clips vidéo : elle dansera notamment pour Kylie Minogue, Ed Sheeran, mais aussi dans Do it like a dude et Price Tag de Jessie J en 2011. C’est de par ces performances artistiques de danse que la jeune femme sera tout d’abord reconnue. Parallèlement, la « vidéo girl » s’attelle à son projet musical et auto-produit, en 2012, EP1. Composé de quatre titres, entre trip-hop chuchotant et R&B, ils sont tous accompagnés de vidéo illustrant visuellement les sensations auditives procurées par les rythmes lancinants et la voix murmurante de la jeune femme. Pour la vidéo Hide, par exemple, relatant une histoire d’amour éconduite au rythme de petits coups de guitare, Barnett a fait appel à son amie Grace Ladoja, styliste, pour concevoir ce provocant visuel : centré sur un buste nu de femme, le pubis couvert par un anthurium rouge et la main s’attardant sur l’étamine phallique,  le spectateur ne découvrira jamais à qui appartient ce corps. Après la publication de Hide, l’internet subira un coup de chaud et commencera à se demander qui peut bien se cacher derrière cette twigs.

 

L’année suivante elle fait la rencontre de Tic Zogson, le co-fondateur du label Young Turks (qui a notamment produit The xx et SBTRKT) : de leur collaboration naîtra EP2 composé lui aussi de quatre titres explorant un R&B minimaliste et sensuel. La jeune artiste sortira deux visuels avec le talentueux vidéaste Jesse Kanda dont Water Me. L’artiste a sorti sa plus jolie tête de poupée faisant des va et vient sur un son robotique avec fond de synthé et des paroles détaillant une certaine vulnérabilité physique (« He won’t to make love to me now /I guess I’m stuck with me »). Dans ce second EP, twigs fait ressortir une certaine dualité : on la sent terré dans sa souffrance à travers sa musique, mais elle constitue finalement un exutoire pour tous ceux qui savent l’écouter.

 

La suite logique de ces deux EP est donc la sortie d’un premier album intitulé LP1 et qui sort en physique et digital aujourd’hui. Deux singles sont déjà parus, à savoir Two Weeks et Pendulum il y a maintenant un mois. Composé de dix titres, ce premier album reste dans la lignée des EP précédents : pas complètement fait pour le dancefloor, ses sons restent dépouillés, lents et suffocants. Dans une récente interview donné pour Pitchfork, Tahliah Barnett dira à propos de son album : « Tu peux avoir d’énormes ambitions, mais quand tu réalises que tes compétences ne sont pas suffisantes ou que ton manque de confiance en toi te revient en pleine gueule, tu commences à te détester parce que c’est très frustrant ! Par exemple, quand tu aimes quelqu’un tu lui donnes tout, mais quand il commence à faire le con tout te revient dans la gueule. Puis tu te sens peu assuré, parano et jaloux, et tu es obsédé par cette personne. C’est un enjeu énorme parce que tu te dis « qui suis-je maintenant ? ». Tu te sens flétrir un peu comme Gollum. Ensuite tu te détestes parce que tu essayes, mais ça ne fonctionne pas. C’est ce dont parle mon album. »

 

Si la critique et les fans l’ont surnommé « la petite sœur de The Weeknd » ou encore « R&Björk », la Video Girl  à peu à peu réussi à se détacher du second plan qui lui était attribué lors de ses performances dansantes ; Fka twigs a finalement su se créer une identité sonore et visuelle bien à elle à travers ses différents travaux, à travers ses œuvres d’art.