News : L’ Androgynie

 

 

Il était déjà un mythe à l’époque antique et maintenant l’androgyne attire de plus en plus. Avec des exemples désormais courants comme Andrej Pejic, choisi pour jouer dans le prochain film de Sofia Coppola, ou les mannequins femmes choisies pour mettre en valeur l’habillement masculin, la société est assaillie par ces images à mi-chemin entre chaque genre.

De l’antiquité à nos jours, l’androgyne dans l’apparence 

 

Platon, dans le Banquetnous rappelle que l’androgyne était à l’origine un seul et même être composé d’une moitié femme et d’une autre homme, s’attirant les foudres de Zeus, l’être qui réunissait ces deux moitiés fut  séparé, ils furent ainsi punies à retrouver leurs moitiés.

L’androgynie existe depuis l’antiquité mais l’intérêt que l’on porte à cette dernière a cependant évolué. Aujourd’hui nous croisons des centaines de visages par jour, dans la rue, dans le métro. Parmi eux, il y a ceux auxquels vous ne pouvez attribuer un sexe défini, qui suscitent les interrogations et titillent la curiosité malsaine – est-ce une fille, un garçon? On regarde si il/elle a des seins, une barbe naissante ou tout autre élément pouvant aider à définir son genre. L’androgyne ne se qualifie pas par sa sexualité, ni même par son sexe mais par son apparence. Ses traits qui nous trompent sont le reflet d’un visage qui réussit à réunir les deux sexes, un visage qui nous plonge dans la plus extrême des confusions, au delà de simples vêtements. Il y a derrière ce terme une beauté surnaturelle qui ne devrait être rattachée qu’à une identité floutée, on ne devient pas androgyne, on nait ainsi, bien que ce particularisme puisse être entretenu et exacerbé. L’androgyne, a un look, une attitude, parfois une façon de s’habiller qui amplifie son ambiguïté, en témoigne la pratique du cosplay par exemple.

De nos jours, l’androgyne attire encore plus la curiosité, on n’hésite pas en jouer, notamment dans la mode.

 

Un phénomène ancrée dans la société

 

L’androgynie s’entretient, l’androgynie se révèle. A l’image de la désormais célèbre Erika Linder, beaucoup ont su exploiter la vague masculine dans leur carrière dans la mode. Elliott Sailors, figure de la prestigieuse agence Ford a connu cette métamorphose, s’illustrant comme l’une des actrices marquantes de la mode de ces dernières années. Profitant d’une mixtion des frontières entre les genres, cette dernière a su exacerber ses attributs dits « masculins » afin de se faire une place toute particulière sur les podiums. Celle qui se définit par sa mâchoire carrée et ses épais sourcils porte comme aucun homme les costumes des Brooks Brothers. Forte d’une personnalité qui ne craint pas les préjugés, elle vient se positionner dans la lignée de Casey Legler ou même d’Andrej Pejic, qui a depuis longtemps abandonné tous les clichés de la virilité afin d’enfiler les robes de Jean-Paul Gaultier.

Elliot Sailors
Elliott Sailors

Engagement professionnel à double tranchant, la carrière de modèle androgyne a beau s’inscrire dans un effet de mode lucratif, elle comporte aussi nombre d’inconvénients, à commencer par l’assimilation entre apparence et sexualité. Dans la lignée du débat sur la différence entre le genre et le sexe, introduit depuis longtemps dans les débats féministes, à commencer par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, cette problématique ressurgit perpétuellement. En effet, beaucoup de gens ont du mal à saisir cette différence pourtant pas si subtile que ça. Loin de tout essentialisme, le féminisme moderne tend d’ailleurs a considérer l’identité des personne comme un élément indépendant de tout déterminisme. La naissance en tant que « homme » ou « femme » n’est déterminante que du sexe au sens physique du terme. L’identité se construit et fluctue. Certains ne se sentiront pas à l’aise avec leur sexe biologique et vont soit reconsidérer ce dernier lui-même, soit leur genre. C’est ainsi que certains vont pouvoir se définir comme « genderfluid » ou « pangender » par exemple, se donnant alors l’opportunité de vivre avec une identité non conditionnée par le sexe qu’il leur a été attribué à la naissance. Concernant l’androgynie, ce n’est pas forcément une question de genre, et encore moins une question de sexe, mais souvent une question d’image. Les androgynes jouent avec les genres, avec les clichés, les attributs. Leur image est construite sur une position centrale entre les deux genres.

Pourtant, la société a vite fait de traiter du sujet. Ainsi, alors qu’Andrej Pejic refuse de définir se définir en tant qu’homme ou femme et de répondre aux questions concernant sa sexualité, bon nombre de rumeurs viennent lui attribuer des préférences homosexuelles. Les préjugés concernant la place de l’homme et celle de la femme au sein de la société sont encore bien ancrés. Aussi, un homme exacerbant sa féminité viendra se heurter aux préconçus de la société. Au delà d’Andrej Pejic, la travestie Conchita Würst subit nombre d’erreurs dans son traitement médiatique. Tantôt qualifiée de « transexuel(le) », tantôt jugée uniquement par son homosexualité, elle ne parvient pas à faire entendre son identité propre. Souvent perçue comme plus dérangeante que la masculinité des femmes, la féminité mise en avant de certains hommes vient se heurter à la conception de la virilité imposée par notre socialisation. Un homme doit être viril, il doit être fort, pas vraiment soigné, peu sensible. Dans une société où la domination masculine va bon train, l’acceptation de la féminité semble être une épreuve pour les hommes. Forcément qualifiés d’homos, ils ne peuvent déroger à l’identité virile imposée par la société sans en ressentir les conséquences dans le monde social.

Malgré cette contrainte de virilité supplémentaire, les hommes ne sont cependant pas les seuls à subir le jugement d’une société judéo-chrétienne qui ne laisse pas de place à l’exploitation des genres. Les femmes aussi subissent les jugements. Au delà de la société dans son ensemble, il s’agit même de jugements intra-communautaires. Victimes des stéréotypes, les androgynes répondent souvent à l’image que l’on se fait de « la lesbienne ». Cheveux courts, corps musclé, tatouages… ces caractéristiques que l’on attribue aux hommes sont forcément signe d’homosexualité. Pour autant, ce n’est encore qu’image.

 

 

Pour les curieux : Une série photo de Thibault Stipal qui illustre à merveille l’androgyne :

Thibault Stipal ©
Thibault Stipal ©
Thibault Stipal ©
Thibault Stipal ©

 

 

Photographie en tête de l’article Daubron Soraya ©