News : Quand Séduction voulait s’inviter chez Indignation

"ce contre quoi de nombreux hommes s'indignent..."
« ce contre quoi de nombreux hommes s’indignent… »

Certains hommes, à la lecture ou à l’écoute de témoignages de victimes de sexisme viennent à faire des remarques du style « c’est dégueulasse ce que font ces mecs » ou plus rentre-dedans (attention) « ça me révolte ce genre de situations » – encore plus vif : « c’est inhumain ! ». Bref, des gars qui s’indignent. On pourrait se dire que c’est emprunt d’un fond de passivité ou de fatalisme mais que ça part plutôt bien si le gars n’est pas en train de dire « tu ne l’as pas cherché ? » ou plus doux « tu étais habillée comment ce jour-là où tu t’es faite violer/toucher/agresser ? ». Dans cette position, le mec cherche à se protéger de toute critique envers lui au cas où la femme en question fasse une réflexion englobant tous les hommes. Il va se raccrocher comme il peut en se mettant du côté de la victime, ou plus exactement, en se positionnant contre l’agresseur, mais sans forcément chercher à savoir comment il – seul ou avec d’autres – peut aider la victime.

« Oui mais tu sais, tous les gars ne sont pas comme ça »

J’aurais pu parler de ces commentaires qui culpabilisent la victime en sous-entendant qu’elle l’a cherché. Déjà fait par d’autres. A un moment, on peut se permettre d’aller plus loin dans l’exigence et ne pas tout accepter sous prétexte de bonne volonté. Même s’il faut bien entendu faire la guerre à la culture du viol, à cette pensée typiquement altruiste qui consiste à penser à ce pauvre homme qui n’a pas baisé depuis 2 semaines et qui n’est pas responsable d’une main entre les cuisses d’une femme qui était collée à lui dans le métro durant le retour à la maison de la fin de journée – durant laquelle il s’est bien sûr positionné pour l’égalité salariale dans son entreprise lors d’un débat tendu avec ses deux collègues femmes.

Revenons à la bonne volonté. A priori, un gars qui regrette les agissements sexistes d’autres mecs, c’est cool, même si ça ne fait pas avancer sur le jeu de (la) l’oie sur l’égalité. Sauf que…

Lorsque je lis des commentaires du témoignage de J.A.C.K. du 13 mars, je m’aperçois que certains sont en train de défendre la gent masculine par peur de ne plus pouvoir draguer, séduire, car « on ne peut pas mettre tous les hommes dans le même sac de course Leader Price. En gros, le mec vient commenter pour dire à quel point lui il n’est pas comme ça du tout, et que les meufs doivent se rassurer, il y aura toujours des gars pour les voir différemment. C’est-à-dire ? Bah pour les voir comme des femmes à draguer. On te résume un viol, une agression sexuelle, ou une discrimination, et le gars ouvre la bouche ou tappe sur son clavier en croyant qu’il est resté sur Tinder. Non mais WOH ! Tu écoutes d’abord. Ensuite tu réfléchis. Arrête de penser ne serait-ce que quelques minutes à tes propres intérêts de dragueur inégalé sur la toile. En faisant cela, le mec ne se rend pas compte (ou plutôt il n’a pas pris le temps de réflexion et d’auto-critique nécessaire pour s’en rendre compte) qu’il considérait avant tout cette femme et toutes celles qui sont solidaires dans cette situation, comme des personnes qu’il pourrait potentiellement manger toute crue si jamais il les croisait en soirée pêche à la ligne, et non comme des personnes victimes d’une oppression. Il voit dans l’agissement de ces mecs réellement sexistes – car il y a un faux sexisme, le sien, on voit ça dans quelques lignes – un frein à la bonne conduite de ses campagnes de communication pour embellir son image d’homme pas banal auprès de femmes.

« Il a été atteint par le sexisme. Pas moi »

Ce genre de mec se dédouane de tout acte sexiste car il ne l’est pas… Ouais mais non. Là, je dis « ah booon » à la façon de Roro. En effet, il ne l’est pas selon sa propre définition donc. Etant donné que, askiparé, pour certains – et certaines, le sexisme se restreint à une atteinte venant d’un homme et s’appliquant à une femme de manière uniquement physique, il serait possible que des hommes ne soient plus sexistes depuis la maternelle et la claque qu’ils avaient donnée à leur amoureuse qui refusait de leur dire des conneries sentimentales. Ainsi ne serait pas considérée comme rentrant dans le cadre du sexisme une relation où un homme face à une de ses collègues femmes à un poste équivalent, demande tous les jours des petits services de façon si habituelle que le rapport de domination est intégré inconsciemment par lui et par elle. Ah mais non, j’avais oublié, les femmes aiment bien les photocopieuses, c’est donc un service rendu que de leur demander ce petit tracas masculin au quotidien.

Finalement, défendre les hommes lors de témoignages comme ceux-là, en disant « il ne faut pas généraliser, tous les hommes ne sont pas comme ça », implique selon moi encore deux autres dénis sous-entendus :

– d’abord que l’agresseur était dans la même position qu’une personne attirée et intéressée par cette femme dans un cadre de discussion privilégié (c’est vrai que les phrases d’accroche du style « t’es bien une salope toi », ça risque d’être un cadre de discussion compromis) ;

– ensuite, c’est faire abstraction du fait que le sexisme est un rapport général de domination dans lequel chaque homme tire des bénéfices et a une implication plus ou moins importante, même les pro-féministes les plus radicaux, même ceux qui luttent contre les discriminations au quotidien. Notre éducation fait que nous sommes plein de contradictions et qu’il est difficile de s’en détacher, de déconstruire comme les tours de LEGO les plus solides de notre enfance – il aurait fallu les faire en KAPLA, ce que nous avons

"... pour ensuite pleurer leurs intérêts d'hommes hétéro en mal d'amour"
« … pour ensuite pleurer leurs intérêts d’hommes hétéro en mal d’amour »

Ce n’est pas être fataliste que d’être un poil de/a little bite réaliste. Avouer qu’un homme, éduqué dans/imprégné par la société patriarcale du XXIe siècle, ne sera jamais sans travers sexistes, et ainsi se dire qu’il aura toujours des efforts à fournir – pour abolir cette société patriarcale – et des progrès à impulser – pour réduire au maximum l’impact de son action en tant qu’homme sexiste dans cette même société patriarcale.

Solen.

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