Féministes et lesbiennes, une association naturelle?

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Dans l’imaginaire collectif, le raccourci entre féministes et lesbiennes ne semble faire aucun doute.

Les représentantes du mouvement en sont d’ailleurs les témoins clefs. Ouvertement lesbiennes, Caroline Fourest ou Virginie Despentes font parties des figures majeures de la mouvances féministe en France. Leur visibilité et leur présence sur la scène médiatique à travers de multiples interviews, essais ou lettres ouvertes contribue en partie à renforcer cette impression. Au delà de la façade médiatique donnée à voir à travers ces personnages, l’interpénétration des courants féministes et pro-mariage pour tous lors des manifestations qui ont fait suite à l’engagement 31 de François Hollande semble entériner ce stéréotype. Véritable public d’identification, les lesbiennes apparaissent en phase avec les revendications féministes. Luttes contre le patriarcat, le mansplaning, la puissance maritale ou bien le modèle de la mère au foyer sont autant de sujets qui concernent le public homosexuel au premier plan.
Au sein d’une société dont le modèle découle du christianisme, les valeurs ont eu beau évoluer, elles n’en restent pas moins déterminantes du mode de vie socialement acceptable que l’on inculque aux citoyens dès le plus jeune âge. Le mariage, les enfants, l’homme « chef de famille » une suite logique pourtant issue d’une construction sociale. Aussi, c’est à contre-courant de ces contraintes sociales que se construisent tant le féminisme que l’identité lesbienne.
Pourtant, ce phénomène d’association n’a pas toujours été si évident.

Le féminisme classique l’entrouverture d’une porte vers l’acceptation

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Simone de Beauvoir est l’une des pionnières dans la tentative de reconnaissance des lesbiennes au sein du courant féministe. Dans le Deuxième Sexe, elle consacre un chapitre à celle qu’elle appelle « la lesbienne ». Si elle met au placard des considérations consistant à voir ces femmes comme biologiquement anormales, elle peine à concevoir le lesbianisme comme une orientation naturelle. Malgré une avancée conséquente sur son temps (rappelons que le Deuxième Sexe paraît en 1949, alors même que l’homosexualité devra attendre 1982 pour être dépénalisée en France), l’auteur semble encore se cantonner à un schéma factuel de naissance de l’homosexualité féminine. Hésitant entre une vision freudienne voulant que l’homosexualité ait à voir avec le narcissisme et l’effet de miroir et les échecs de relations hétérosexuelle, Simone de Beauvoir dépeint la lesbienne comme une exception, presque une sorte de dysfonctionnement qu’elle n’arrive à décrire dans les quelques pages qu’elle lui consacre.
Cette quasi-absence de reconnaissance de l’homosexualité féminine n’est cependant pas sans rapport avec le contexte de l’époque. Les femmes dans leur globalité voient encore leur sexualité négligée par la société. C’est en partie sur cette base que les mouvements féministes majeurs des années 60-70 se construisent.
En opposition avec une société patriarcale où la femme manque de considération face à un homme exerçant sa puissance dans tous les domaines se développe une révolution sexuelle visant à affirmer l’autonomie de la femme en tant qu’être propre et émancipé. C’est alors l’hétérosexualité qui voit sa condition s’améliorer. Progression de la contraception, émancipation du statut marital, baisse de la pratique et des contraintes religieuses… Tout est fait pour libérer la femme hétérosexuelle. Mais ce mouvement marque aussi l’indépendance des femmes en tant qu’êtres dotés de désirs. C’est dans ce sillage que les lesbiennes commencent à gagner leur place.

Le féminisme radical un grand pas vers la reconnaissance 

Fortes des avancées en matière d’égalité des sexes, les lesbiennes peuvent enfin prétendre à une reconnaissance sociale. Cependant, l’hétérosexisme persiste au sein des milieux féministes. Les revendications ne sont pas spécifiquement lesbiennes et les lesbiennes ne semblent se construire non seulement en réaction à la société mais aussi en réaction à ce phénomène qui favorise les comportements et relations hétérosexuelles. C’est donc un féminisme radical qui vient éclore pour palier ces difficultés. Avec un berceau à New-York, dont les principales actrices sont membres du collectif Radicalesbians, le féminisme radical et lesbien vient donner une place à celles qui subissent la double pression du sexisme et de l’hétéronormativité . Est remis en cause le modèle hétérosexuel comme modèle universel mais aussi les pratiques qui y sont associées. Anne Koedt en pose la pierre angulaire avec son Myth of the Vaginal Orgasm, récusant l’idée que la sexualité féminine ne peut être qu’hétérosexuelle et vaginale, ouvrant ainsi les portes à la reconnaissance d’autres formes de sexualités. Le féminisme vit alors une refonte avec la montée en puissance du féminisme radical qui n’a eu de cesse de gagner en visibilité. Il n’y a qu’à voir les Femen, si contestées soient elles, oeuvrant en tant que sextrémistes selon la description qu’elles font d’elles-mêmes.

Désormais, le féminisme ne peut se dissocier des lesbiennes, tout comme les lesbiennes ne peuvent se dissocier du féminisme. Le féminisme a participé à la construction de l’identité lesbienne autant qu’il participe encore  à la visibilité de la communauté lesbienne et à la défense des droits attenants. Et il faut dire que les lesbiennes le lui rendent bien. Avec des figures majeures out et fière telles que Judith Butler, il semblerait que l’interdépendance de la communauté lesbienne et du féminisme ne soit plus à prouver.