LITTERATURE : Violette Leduc, la bâtarde aux amours censurés

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Inconnue du grand public, censurée dans l’expression de son érotisme lesbien, et admirée par les intellectuels de son temps, Violette Leduc n’a jamais autant fait parlé d’elle qu’en ce moment ! Et ça fait du bien ! Actualité cinématographique oblige, à l’occasion de la sortie du biopic  « Violette » réalisé par Martin Provost (en salles depuis le 6 novembre), de nombreux médias se sont à nouveau intéressés à celle qui se décrivait comme une femme « bâtarde et laide ».

Pour la laideur, je vous laisse juger sur pièces ! Violette Leduc

Mais, à juste titre, on peut dire qu’elle cumulait les défauts :être née bâtarde en 1907 dans une petite ville de province à une époque où l’on ne plaisantait pas avec ces choses-là, avoir une mère relativement peu aimante (la première phrase d’un de ses romans L’asphyxie, s’ouvre ainsi : « Ma mère ne m’a jamais donné la main… Elle m’aidait à monter, à descendre les trottoirs en pinçant mon vêtement à l’endroit où l’emmanchure est facilement saisissable. »), avoir des relations sexuelles dans le dortoir de son internat avec sa surveillante, tomber amoureuse d’hommes homosexuels, faire du trafic pendant la guerre …

Bref, si le film se focalise sur sa prestigieuse relation avec Simone de Beauvoir, et l’amour fou, hélas à sens unique que lui vouait Violette Leduc, ses romans dépeignent une palette d’aventures à couper le souffle.

(De gauche à droite) Violette Leduc et Denise Hertgès, sa compagne pendant 9 ans (Hermine dans le roman)
(De gauche à droite) Violette Leduc et Denise Hertgès, sa compagne pendant 9 ans (Hermine dans le roman)

Et c’est parce que la dame avait du talent qu’elle a quand même été reconnue en 1964 avec La bâtarde. Dans ce roman, elle raconte, entre autres histoires, sa relation avec Hermine, la plus stable et la plus belle qu’elle ait jamais eu dans sa vie.

Provocatrice, elle n’est pas tendre envers elle-même, ni envers les autres d’ailleurs. Certains diront que le style fatigue, c’est plein de virgules, ça foisonne d’idées et de génie, ça sent la vie dans l’écriture et le scandale hurlant. Ce qui est génial avec Violette Leduc, et surtout ce qui est très rare dans la littérature du XX ème siècle, c’est qu’elle ne dramatise pas plus ses relations avec les femmes que celles avec les hommes : absolument TOUTES ses relations étaient complètement pathologiques.

Violette Leduc doit franchement beaucoup à sa personnalité « fucked up », c’est ce qui rend la lecture de ses livres si délectable, ça nous rassure sur notre propre santé mentale.

– A lire pour le côté subversif et érotique de la chose : Thérèse et Isabelle, Gallimard, Folio 1966 .
– A lire parce que c’est court, et que ça résume l’oeuvre : L’asphyxie, L’imaginaire Gallimard, 1946 .
– A lire parce que ce titre vous attire des regards dans le métro /le bus /le parc où vous le lisez : La bâtarde, L’imaginaire Gallimard, 1964 .